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Vérité dans un temps, erreur dans un autre…

Montesquieu (Charles Louis de Secondat), Né à Bordeaux en 1689 et mort à Paris en1755 Citation extraite du roman épistolaire Les lettres persanes (1721)

  

 

Les lettres persanes de Montesquieu est incontestablement l’un des plus grands chefs d’œuvre littéraire sur le relativisme culturel. A travers ce roman épistolaire Montesquieu a su parfaitement montrer à quel point les valeurs de civilisation étaient tributaires du contexte géographique et historique dans lequel elles sont posées. Un bref résumé du roman s’impose ici afin de mieux cerner le sens de la citation. Dans ce roman Montesquieu fait la satyre de la société française de son temps vue par des Persans exotiques. En 1711, Usbek un philosophe persan quitte Ispahan pour entreprendre, accompagné de son  ami Rica, un long voyage en Europe jusqu’à Paris. Il laisse derrière lui les cinq épouses de son sérail aux soins d’eunuques noirs. Usbek dépeint d’un œil faussement naïf les mœurs et la vie de la société française du 18ème  siècle. Mais la révolte des femmes de son sérail et la mort de sa favorite Roxane oblige Usbek à retourner en catastrophe dans son pays…

Dans son roman, Montesquieu règle aussi quelques comptes politiques avec ses adversaires  à l’image du célèbre financer Law. Tout en critiquant les travers de la France de son temps, il écorche aussi au passage l’Islam et le traitement que cette religion impose aux femmes. Le relativisme culturel de Montesquieu s’appuie aussi sur une théorie des climats aujourd’hui très controversée. Selon Montesquieu, le climat influe beaucoup la nature de l’homme et de sa société. Le climat tempéré de la France serait pour lui idéal pour la floraison d’une civilisation harmonieuse. Le climat des pays chauds rendrait les populations trop agressives et le climat des pays froids les rendrait trop rigides. Cette théorie européocentriste a été reprise par Hegel afin de justifier son idée de l’Allemagne comme lieu privilégié de la réalisation de l’Etat libre et rationnel devant éclairer le monde à la Fin de l’Histoire ! On retrouve d’ailleurs chez le philosophe allemand l’idée féconde de Montesquieu selon laquelle l’idée de vérité évoluerait selon le contexte historique et géographique. Pour Hegel, tout se passe comme si l’esprit Absolu, alias Dieu se réalisait progressivement à travers l’Histoire, d’où l’évolution nécessaire de l’idée de vérité. En ce sens, la célèbre métaphore de Hegel affirmant « la chouette de Minerve prend son envol au crépuscule » confirme tout en infirmant la citation de Montesquieu « vérité dans un temps, erreur dans un autre ». En effet, si Hegel reprend l’évolutionnisme et la théorie des climats de Montesquieu, il rompt avec son relativisme culturel en affirmant l’existence d’une vérité absolue, le savoir absolu  coïncidant précisément avec sa philosophie…

Dans la société occidentale actuelle, c’est incontestablement le point de vue relativiste de Montesquieu qui s’est imposé contre le point de vue « absolutiste » de Hegel. Plus que jamais, c’est le « à chacun sa vérité » qui est le slogan relativiste à la mode. Si la vérité est bien une femme comme le disait Nietzsche, selon la théorie des climats de Montesquieu il est normal qu’elle change de vêtements au grès des saisons ! Vingt trois (un chiffre « ésotérique », celui du cardinal suprême de France) ans après la démission de Gorbatchev, la renonciation du pape allemand Benoît XVI constitue un nouveau coup dur contre l’hégélianisme. Aujourd’hui, il n’y a plus que les Républicains américains pour croire encore en la supériorité de la civilisation occidentale et en la vérité du libéralisme !     

 

Bibliographie :

Montesquieu, Les lettres persanes

Hegel, La Raison dans l’Histoire.

 

                                         Jean-Luc Berlet

 

 

« Vérité dans un temps, erreur dans un autre…»

Vérité, mot français, vient du latin veritasverus, vrai avec le suffixe – itas. Le suffixe itas ou tas indiquant un état, une condition. Ainsi veritas est l’état ou la condition du vrai, de ce qui est vrai. Verus a pour racine un terme indo-européen *Uera ; l’ami, digne de foi, vrai. Que l’on retrouve dans le vieil anglais waer, vérité, serment, pacte. 

La vérité est selon son étymologie ce qui est digne de foi, digne de confiance.

 

Ses antonymes latins sont falsus, fictus.

 

Erreur est un vocable français qui trouve son origine dans le latin error, course à l’aventure, certainement dérivé du verbe errare, errer. L’erreur serait ; l’action de s’égarer, l’écart, l’errance, le détour.

Allons plus loin. La racine de error est erro, d’un radical indo-européen *er ; aller, chercher à atteindre qui a donné le grec  ἔρχομαι, (erkhomai) en grec ancien, irren en allemand.

 

Ainsi errant à travers les mots pour me perdre, à la page 1665 du dictionniare Gaffiot je trouve verus, vrai, véritable, réel, non quæro quæ sit philosophia verissima. Mais la page précédente, 1664, me propose le mot veru, je commets une erreur, je cherche verus, je trouve veru, veru dit broche, dard, petite pique, et surtout signe critique, obelusVerus donnera aussi le mot verrou. Le verrou est la possibilité de fermer de s’enfermer dans ce que l’on pourrait prendre pour le vrai, ou l’erreur. 

Allant plus loin dans mes égarements, dans mon vagabondage au fil des pages pour ne pas rester enfermé dans une vérité, ou ne pas rester dans l’erreur. 

Je me rends à la page 1052, obelus signe critique en forme de broche dont on marquait les fautes dans un manuscrit. Mot qui vient du grec ὀβελός, qu’une petite ligne de la page 771 du dictionnaire de Chantraine, dictionnaire étymologique du grec, dit : ce qui désigne une ligne horizontale marquant en principe qu’un vers est condamné. On en revient au sens latin d’obelus.

Dans le langage mathématique, l’obèle ÷ a été adopté pour marquer la division. La division est un rapport entre deux termes. La division est, diviser ou partager.

 

Vérité dans un temps, erreur dans un autre. 

Ces deux mots mis en rapport nous montrent peut-être qu’erreur et vérité ne sont que la possibilité d’un égarement dans le temps, la possibilité de toujours prendre une voie plutôt qu’une autre, afin de n’être jamais définitivement installé temporellement dans l’erreur ou la vérité.

 

Ne demande pas ton chemin à quelqu’un qui le connaît tu ne pourrais pas d’égarer.

Rabbi Nahman de Bratslav,  רבי נחמן מברסלב 

 

Bibliographie :

Dictionnaire historique de la langue française sous la direction d’Alain Rey.

Dictionnaire latin français Gaffiot (édition 1934)

Dictionnaire étymologique de la langue grecque. Histoire des mots. Pierre Chantraine.

 

M F.

 

Pour en savoir plus.

Le verrou, Une surprise de Fragonard ou comment accéder à la vérité.

Le verou ou accéder à la vérité. Ce chemin est un peu plus long que le précédent.

                               

Tag(s) : #L'Albert Café, #Vérité, #Erreur, #Sens du mot

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