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C'est la vie, Vanités de Caravage à Damien Hirst,
Le musée Maillol explore le thème de la vanité, depuis les "memento mori" des Romains jusqu'aux crânes de Damien Hirst

Les représentations de crânes et de squelettes, pour nous rappeler la vanité de l'existence et l'inéluctabilité de la mort, ont traversé l'histoire de l'art, de façon plus ou moins présente, avec une connotation religieuse ou profane.
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160 oeuvres, peintures, sculptures, photos ou bijoux, illustrent le thème au Musée Maillol (jusqu'au 28 juin).
Dans la Grèce antique, déjà, on figure le squelette pour évoquer le passage du temps et la brièveté de la vie. Un thème qu'on retrouve dans les mosaïques de Pompéi. A l'époque, l'esclave chuchote à l'oreille du général romain: "Memento mori" (Souviens-toi que tu vas mourir).
image_60778333.jpgLa vanité se développe à la fin du Moyen-Age, une époque où le religieux domine, où naît l'idée de purgatoire et où guerres et épidémies rendent la vie particulièrement dérisoire. Le terme de "vanité" vient des paroles de l'Ecclésiaste: "Vanités des vanités, tout n'est que vanité". La vanité est une réflexion sur la vie, moralisatrice, qui doit mener à la rédemption, explique Loïc Malle, historien d'art qui a participé à la conception de l'exposition.
Après un déclin à la Renaissance, la vanité connaît un âge d'or au XVIIe siècle. Au sud, elle reste souvent associée à des scènes religieuses. En Europe du Nord, elle peut être un élément de nature morte.
Avec la Révolution française, on assiste à un changement du sens de la notion de vanité. Elle se sécularise et devient un objet qui fait partie de l'atelier. Le crâne  "va cristalliser toutes les peurs" mais on n'a plus de "promesse d'éternité ou de promesse de progrès", explique Loïc Malle.
L'exposition est chronologique, mais à rebours: on commence avec ce début de XXIe siècle, où le crâne est partout, sur les vêtements, les bijoux, les pubs ou même les jouets.  "Il y a toute une génération de jeunes artistes qui s'intéresse beaucoup à  la mort car notre société occulte celle-ci", considère Patrizia Nitti, nouvelle directrice artistique du Musée Maillol. Pour elle,"l'exposition n'est pas triste du tout". "C'est une façon  d'apprivoiser la mort", souligne-t-elle. Andy Warhol a peint des séries de crânes de couleurs vives, complètement désacralisés. En même temps, le sida, peste des temps modernes, a ramené la mort au coeur de l'art.
image_60778936.jpgArtiste emblématique, le Britannique Damien Hirst est célèbre pour un crâne en platine serti de 8601 diamants. On ne le verra pas à Maillol mais le musée expose une image de cette tête de mort qui se marre, sur fond scintillant de poussière de diamant (For the Love of God, Laugh). Damien Hirst a livré une "surprise" au musée Maillol. Sachant qu'on exposait un de ses crânes couverts de mouches (Fear of Death), il en a prêté un autre, "beaucoup plus beau car il est complet avec sa mâchoire", note Patrizia Nitti. "Une petite merveille. Même les dents sont en ailes de mouches", commente-t-elle.
Basquiat puise ses crânes dans le culte vaudou de ses origines haïtiennes, Annette Messager crée des têtes de mort comme des jeux d'enfants, avec des gants et des crayons de couleur. Miquel Barcelo peint un crâne immense dans le désert, occupant toute la toile. Robert Mapplethorpe, atteint par le sida, se représente avec une canne à pommeau en forme de tête de mort.
L'exposition confronte trois magnifiques vanités du XVIIe siècle, trois Saint François en clair obscur tenant un crâne dans ses mains: renversé en arrière, les yeux pleins de folie chez Georges De la Tour ( Extase de Saint François), pleins de passion chez le Caravage (Saint François en méditation) et plein de douleur chez Zurbaran (Saint François agenouillé).
image_60779253.jpgLe thème de la vanité connaît une nouvelle éclipse au XVIIIe pour revenir au XIXe, après la Révolution française. C'est Géricault qui aurait inventé la vanité profane avec ses somptueux Trois crânes, peints en pleine débâcle napoléonienne.
Au XXe siècle, Picasso ou Braque ont intégré des crânes dans leurs natures mortes. En 1933, l'Allemand Erwin Blumenfeld fait un montage troublant qui superpose une tête de mort et une photo d'Hitler. L'exposition décline la tête de mort à toutes les sauces, en ailes de coléoptère (Jan Fabre), en paquets de Gauloises (Serena Carone), sculptées dans des fruits et légumes (Dimitri Tsykalov).
L'oeuvre la plus ancienne est une petite mosaïque qui couvrait une table de Pompéi. Un crâne symbolisant le corps et un papillon symbolisant l'âme sont posés sur la roue de la vie. 

Fondation  Dina Vierny - Musée Maillol,
59-61 rue de Grenelle, 75007 Paris,
01-42-22-59-58
Tous les jours sauf mardi et fériés,
10h30-19h
Tarifs: 11€ / 9€
Jusqu'au 28 juin 2010 
Tag(s) : #accordphilo

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