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Danunzio

Danunzio

 

Voici l'enregistrements du "café-philo" au café La Rotonde de la Muette

du 11 avril 2013, présenté par Raphaël Prudencio dont le thème de réflexion fut:

 

"le Style c'est l'homme."

Ecoutez 30'12.

 

Voici le texte de Buffon.discours à l’Académie française, lors de sa séance de réception, le 25 août 1753 (ce texte est connu sous le titre de Discours sur le style).

 

Messieurs,

Vous m’avez comblé d’honneur en m’appelant à vous ; mais la gloire n’est un bien qu’autant qu’on en est digne, et je ne me persuade pas que quelques essais écrits sans art et sans autre ornement que celui de la nature soient des titres suffisants pour oser prendre place parmi les maîtres de l’art, parmi les hommes éminents qui représentent ici la splendeur littéraire de la France, et dont les noms, célébrés aujourd’hui par la voix des nations, retentiront encore avec éclat dans la bouche de nos derniers neveux. Vous avez eu, Messieurs, d’autres motifs en jetant les yeux sur moi ; vous avez voulu donner à l’illustre compagnie à laquelle j’ai l’honneur d’appartenir depuis longtemps une nouvelle marque de considération : ma reconnaissance, quoique partagée, n’en sera pas moins vive. Mais comment satisfaire au devoir qu’elle m’impose en ce jour ? Je n’ai, Messieurs, à vous offrir que votre propre bien : ce sont quelques idées sur le style, que j’ai puisées dans vos ouvrages ; c’est en vous lisant, c’est en vous admirant qu’elles ont été conçues ; c’est en les soumettant à vos lumières qu’elles se produiront avec quelque succès.

Il s’est trouvé dans tous les temps des hommes qui ont su commander aux autres par la puissance de la parole. Ce n’est néanmoins que dans les siècles éclairés que l’on a bien écrit et bien parlé. La véritable éloquence suppose l’exercice du génie et la culture de l’esprit. Elle est bien différente de cette facilité naturelle de parler, qui n’est qu’un talent, une qualité accordée à tous ceux dont les passions sont fortes, les organes souples et l’imagination prompte. Ces hommes sentent vivement, s’affectent de même, le marquent fortement au-dehors ; et, par une impression purement mécanique, ils transmettent aux autres leur enthousiasme et leurs affections. C’est le corps qui parle au corps ; tous les mouvements, tous les signes, concourent et servent également. Que faut-il pour émouvoir la multitude et l’entraîner ? Que faut-il pour ébranler la plupart même des autres hommes et les persuader ? Un ton véhément et pathétique, des gestes expressifs et fréquents, des paroles rapides et sonnantes. Mais pour le petit nombre de ceux dont la tête est ferme, le goût délicat et le sens exquis, et qui, comme vous, Messieurs, comptent pour peu le ton, les gestes et le vain son des mots, il faut des choses, des pensées, des raisons ; il faut savoir les présenter, les nuancer, les ordonner : il ne suffit pas de frapper l’oreille et d’occuper les yeux ; il faut agir sur l’âme et toucher le cœur en parlant à l’esprit.

Le style n’est que l’ordre et le mouvement qu’on met dans ses pensées. Si on les enchaîne étroitement, si on les serre, le style devient ferme, nerveux et concis ; si on les laisse se succéder lentement et ne se joindre qu’à la faveur des mots, quelque élégants qu’ils soient, le style sera diffus, lâche et traînant.

Mais, avant de chercher l’ordre dans lequel on présentera ses pensées, il faut s’en être fait un autre plus général et plus fixe, où ne doivent entrer que les premières vues et les principales idées : c’est en marquant leur place sur ce premier plan qu’un sujet sera circonscrit, et que l’on en connaîtra l’étendue ; c’est en se rappelant sans cesse ces premiers linéaments qu’on déterminera les justes intervalles qui séparent les idées principales, et qu’il naîtra des idées accessoires et moyennes qui serviront à les remplir. Par la force du génie, on se représentera toutes les idées générales et particulières sous leur véritable point de vue ; par une grande finesse de discernement, on distinguera les pensées stériles des pensées fécondes ; par la sagacité que donne la grande habitude d’écrire, on sentira d’avance quel sera le produit de toutes ces opérations de l’esprit. Pour peu que le sujet soit vaste ou compliqué, il est bien rare qu’on puisse l’embrasser d’un coup d’œil, ou le pénétrer en entier d’un seul et premier effort de génie ; et il est rare encore qu’après bien des réflexions on en saisisse tous les rapports. On ne peut donc trop s’en occuper ; c’est même le seul moyen d’affermir, d’étendre et d’élever ses pensées : plus on leur donnera de substance et de force par la méditation, plus il sera facile ensuite de les réaliser par l’expression.

Ce plan n’est pas encore le style, mais il en est la base ; il le soutient, il le dirige, il règle son mouvement et le soumet à des lois ; sans cela, le meilleur écrivain s’égare, sa plume marche sans guide, et jette à l’aventure des traits irréguliers et des figures discordantes. Quelque brillantes que soient les couleurs qu’il emploie, quelques beautés qu’il sème dans les détails, comme l’ensemble choquera ou ne se fera pas sentir, l’ouvrage ne sera point construit ; et, en admirant l’esprit de l’auteur, on pourra soupçonner qu’il manque de génie. C’est par cette raison que ceux qui écrivent comme ils parlent, quoiqu’ils parlent très bien, écrivent mal ; que ceux qui s’abandonnent au premier feu de leur imagination prennent un ton qu’ils ne peuvent soutenir ; que ceux qui craignent de perdre des pensées isolées, fugitives, et qui écrivent en différents temps des morceaux détachés, ne les réunissent jamais sans transitions forcées ; qu’en un mot, il y a tant d’ouvrages faits de pièces de rapport, et si peu qui soient fondus d’en seul jet.

Cependant, tout sujet est un ; et, quelque vaste qu’il soit, il peut être renfermé dans un seul discours. Les interruptions, les repos, les sections, ne devraient être d’usage que quand on traite des sujets différents, ou lorsque, ayant à parler de choses grandes, épineuses et disparates, la marche du génie se trouve interrompue par la multiplicité des obstacles, et contrainte par la nécessité des circonstances : autrement, le grand nombre de divisions, loin de rendre un ouvrage plus solide, en détruit l’assemblage ; le livre paraît plus clair aux yeux, mais le dessein de l’auteur demeure obscur ; il ne peut faire impression sur l’esprit du lecteur, il ne peut même se faire sentir que par la continuité du fil, par la dépendance harmonique des idées, par un développement successif, une gradation soutenue, un mouvement uniforme que toute interruption détruit ou fait languir.

Pourquoi les ouvrages de la nature sont-ils si parfaits ? C’est que chaque ouvrage est un tout, et qu’elle travaille sur un plan éternel dont elle ne s’écarte jamais ; elle prépare en silence les germes de ses productions ; elle ébauche par un acte unique la forme primitive de tout Être vivant ; elle la développe, elle la perfectionne par un mouvement continu et dans un temps prescrit. L’ouvrage étonne ; mais c’est l’empreinte divine dont il porte les traits qui doit nous frapper. L’esprit humain ne peut rien créer ; il ne produira qu’après avoir été fécondé par l’expérience et la méditation ; ses connaissances sont les germes de ses productions : mais s’il imite la nature dans sa marche et dans son travail, s’il s’élève par la contemplation aux vérités les plus sublimes, s’il les réunit, s’il les enchaîne, s’il en forme un tout, un système par la réflexion, il établira sur des fondements inébranlables des monuments immortels.

C’est faute de plan, c’est pour n’avoir pas assez réfléchi sur son objet qu’un homme d’esprit se trouve embarrassé, et ne sait par où commencer à écrire. Il aperçoit à la fois un grand nombre d’idées ; et, comme il ne les a ni comparées ni subordonnées, rien ne le détermine à préférer les unes aux autres ; il demeure donc dans la perplexité. Mais lorsqu’il se sera fait un plan, lorsqu’une fois il aura rassemblé et mis en ordre toutes les pensées essentielles à son sujet, il s’apercevra aisément de l’instant auquel il doit prendre la plume, il sentira le point de maturité de la production de l’esprit, il sera pressé de la faire éclore, il n’aura même que du plaisir à écrire : les idées se succéderont aisément, et le style sera naturel et facile ; la chaleur naîtra de ce plaisir, se répandra partout, et donnera de la vie à chaque expression ; tout s’animera de plus en plus ; le ton s’élèvera, les objets prendront de la couleur ; et le sentiment, se joignant à la lumière, l’augmentera, la portera plus loin, la fera passer de ce que l’on dit à ce que l’on va dire, et le style deviendra intéressant et lumineux.

Rien ne s’oppose plus à la chaleur que le désir de mettre partout des traits saillants ; rien n’est plus contraire à la lumière qui doit faire un corps et se répandre uniformément dans un écrit que ces étincelles qu’on ne tire que par force en choquant les mots les uns contre les autres, et qui ne nous éblouissent pendant quelques instants que pour nous laisser ensuite dans les ténèbres. Ce sont des pensées qui ne brillent que par l’opposition : l’on ne présente qu’un côté de l’objet, on met dans l’ombre toutes les autres faces ; et ordinairement ce côté qu’on choisit est une pointe, un angle sur lequel on fait jouer l’esprit avec d’autant plus de facilité qu’on l’éloigne davantage des grandes faces sous lesquelles le bon sens a coutume de considérer les choses.

Rien n’est encore plus opposé à la véritable éloquence que l’emploi de ces pensées fines et la recherche de ces idées légères, déliées, sans consistance, et qui, comme la feuille du métal battu, ne prennent de l’éclat qu’en perdant de la solidité. Aussi, plus on mettra de cet esprit mince et brillant dans un écrit, moins il aura de nerf, de lumière, de chaleur et de style ; à moins que cet esprit ne soit lui-même le fond du sujet, et que l’écrivain n’ait pas eu d’autre objet que la plaisanterie : alors l’art de dire de petites choses devient peut-être plus difficile que l’art d’en dire de grandes.

Rien n’est plus opposé au beau naturel que la peine qu’on se donne pour exprimer des choses ordinaires ou communes d’une manière singulière ou pompeuse ; rien ne dégrade plus l’écrivain. Loin de l’admirer, on le plaint d’avoir passé tant de temps à faire de nouvelles combinaisons de syllabes, pour ne dire que ce que tout le monde dit. Ce défaut est celui des esprits cultivés, mais stériles ; ils ont des mots en abondance, point d’idées ; ils travaillent donc sur les mots, et s’imaginent avoir combiné des idées, parce qu’ils ont arrangé des phrases, et avoir épuré le langage quand ils l’ont corrompu en détournant les acceptions. Ces écrivains n’ont point de style, ou, si l’on veut, ils n’en ont que l’ombre. Le style doit graver des pensées : ils ne savent que tracer des paroles.

Pour bien écrire, il faut donc posséder pleinement son sujet, il faut y réfléchir assez pour voir clairement l’ordre de ses pensées, et en former une suite, une chaîne continue, dont chaque point représente une idée ; et, lorsqu’on aura pris la plume, il faudra la conduire successivement sur ce premier trait, sans lui permettre de s’en écarter, sans l’appuyer trop inégalement, sans lui donner d’autre mouvement que celui qui sera déterminé par l’espace qu’elle doit parcourir. C’est en cela que consiste la sévérité du style ; c’est aussi ce qui en fera l’unité et ce qui en réglera la rapidité, et cela seul aussi suffira pour le rendre précis et simple, égal et clair, vif et suivi. À cette première règle, dictée par le génie, si l’on joint de la délicatesse et du goût, du scrupule sur le choix des expressions, de l’attention à ne nommer les choses que par les termes les plus généraux, le style aura de la noblesse. Si l’on y joint encore de la défiance pour son premier mouvement, du mépris pour tout ce qui n’est que brillant et une répugnance constante pour l’équivoque et la plaisanterie, le style aura de la gravité, il aura même de la majesté. Enfin, si l’on écrit comme l’on pense, si l’on est convaincu de ce que l’on veut persuader, cette bonne foi avec soi-même, qui fait la bienséance pour les autres et la vérité du style, lui fera produire tout son effet, pourvu que cette persuasion intérieure ne se marque pas par un enthousiasme trop fort, et qu’il ait partout plus de candeur que de confiance, plus de raison que de chaleur.

C’est ainsi, Messieurs, qu’il me semblait, en vous lisant, que vous me parliez, que vous m’instruisiez. Mon âme, qui recueillait avec avidité ces oracles de la sagesse, voulait prendre l’essor et s’élever jusqu’à vous ; vains efforts ! Les règles, disiez-vous encore, ne peuvent suppléer au génie ; s’il manque, elles seront inutiles. Bien écrire, c’est tout à la fois bien penser, bien sentir et bien rendre ; c’est avoir en même temps de l’esprit, de l’âme et du goût. Le style suppose la réunion et l’exercice de toutes les facultés intellectuelles. Les idées seules forment le fond du style, l’harmonie des paroles n’en est que l’accessoire, et ne dépend que de la sensibilité des organes ; il suffit d’avoir un peu d’oreille pour éviter les dissonances, et de l’avoir exercée, perfectionnée par la lecture des poètes et des orateurs, pour que mécaniquement on soit porté à l’imitation de la cadence poétique et des tours oratoires. Or jamais l’imitation n’a rien créé : aussi cette harmonie des mots ne fait ni le fond ni le ton du style, et se trouve souvent dans des écrits vides d’idées.

Le ton n’est que la convenance du style à la nature du sujet, il ne doit jamais être forcé ; il naîtra naturellement du fond même de la chose, et dépendra beaucoup du point de généralité auquel on aura porté ses pensées. Si l’on s’est élevé aux idées les plus générales, et si l’objet en lui-même est grand, le ton paraîtra s’élever à la même hauteur ; et si, en le soutenant à cette élévation, le génie fournit assez pour donner à chaque objet une forte lumière, si l’on peut ajouter la beauté du coloris à l’énergie du dessin, si l’on peut, en un mot, représenter chaque idée par une image vive et bien terminée et former de chaque suite d’idées un tableau harmonieux et mouvant, le ton sera non seulement élevé, mais sublime.

Ici, Messieurs, l’application ferait plus que la règle ; les exemples instruiraient mieux que les préceptes ; mais, comme il ne m’est pas permis de citer les morceaux sublimes qui m’ont si souvent transporté en lisant vos ouvrages, je suis contraint de me borner à des réflexions. Les ouvrages bien écrits seront les seuls qui passeront à la postérité : la quantité des connaissances, la singularité des faits, la nouveauté même des découvertes, ne sont pas de sûrs garants de l’immortalité : si les ouvrages qui les contiennent ne roulent que sur de petits objets, s’ils sont écrits sans goût, sans noblesse et sans génie, ils périront, parce que les connaissances, les faits et les découvertes s’enlèvent aisément, se transportent et gagnent même à être mises en œuvre par des mains plus habiles. Ces choses sont hors de l’homme, le style est l’homme même. Le style ne peut donc ni s’enlever, ni se transporter, ni s’altérer : s’il est élevé, noble, sublime, l’auteur sera également admiré dans tous les temps ; car il n’y a que la vérité qui soit durable, et même éternelle. Or un beau style n’est tel en effet que par le nombre infini des vérités qu’il présente. Toutes les beautés intellectuelles qui s’y trouvent, tous les rapports dont il est composé, sont autant de vérités aussi utiles, et peut-être plus précieuses pour l’esprit humain que ceux qui peuvent faire le fond du sujet.

Le sublime ne peut se trouver que dans les grands sujets. La poésie, l’histoire et la philosophie ont toutes le même objet, et un très grand objet, l’homme et la nature. La philosophie décrit et dépeint la nature ; la poésie la peint et l’embellit : elle peint aussi les hommes, elle les agrandit, les exagère, elle crée les héros et les dieux. L’histoire ne peint que l’homme, et le peint tel qu’il est : ainsi le ton de l’historien ne deviendra sublime que quand il fera le portrait des plus grands hommes, quand il exposera les plus grandes actions, les plus grands mouvements, les plus grandes révolutions ; et, partout ailleurs, il suffira qu’il soit majestueux et grave. Le ton du philosophe pourra devenir sublime toutes les fois qu’il parlera des lois de la nature, des êtres en général, de l’espace, de la matière, du mouvement et du temps de l’âme, de l’esprit humain, des sentiments, des passions ; dans le reste, il suffira qu’il soit noble et élevé. Mais le ton de l’orateur et du poète, dès que le sujet est grand, doit toujours être sublime, parce qu’ils sont les maîtres de joindre à la grandeur de leur sujet autant de couleur, autant de mouvement, autant d’illusion qu’il leur plaît et que, devant toujours peindre et toujours agrandir les objets, ils doivent aussi partout employer toute la force et déployer toute l’étendue de leur génie.
 
 

ADRESSE À MM. DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE.

Que de grands objets, Messieurs, frappent ici mes yeux ! et quel style et quel ton faudrait-il employer pour les peindre et les représenter dignement ? L’élite des hommes est assemblée ; la Sagesse est à leur tête ; la Gloire, assise au milieu d’eux, répand ses rayons sur chacun, et les couvre tous d’un éclat toujours le même et toujours renaissant. Des traits d’une lumière plus vive encore partent de sa couronne immortelle, et vont se réunir sur le front auguste du plus puissant et du meilleur des rois. Je le vois, ce héros, ce prince adorable, ce maître si cher. Quelle noblesse dans tous ses traits ! quelle majesté dans toute sa personne ! que d’âme et de douceur naturelle dans ses regards ! il les tourne vers vous, Messieurs, et vous brillez d’un nouveau feu, une ardeur plus vive vous embrase ; j’entends déjà vos divins accents et les accords de vos voix ; vous les réunissez pour célébrer ses vertus, pour chanter ses victoires, pour applaudir à notre bonheur ; vous les réunissez pour faire éclater votre zèle, exprimer votre amour et transmettre à la postérité des sentiments dignes de ce grand prince et de ses descendants. Quels concerts ! ils pénètrent mon cœur ; ils seront immortels comme le nom de Louis.

Dans le lointain, quelle autre scène de grands objets ! le Génie de la France, qui parle à Richelieu et lui dicte à la fois l’art d’éclairer les hommes et de faire régner les rois ; la Justice et la Science, qui conduisent Séguier et l’élèvent de concert à la première place de leurs tribunaux ; la Victoire, qui s’avance à grands pas et précède le char triomphal de nos rois, où LOUIS LE GRAND, assis sur des trophées, d’une main donne la paix aux nations vaincues, et de l’autre rassemble dans ce palais les Muses dispersées. Et près de moi, Messieurs, quel autre objet intéressant ! la Religion en pleurs, qui vient emprunter l’organe de l’Éloquence pour exprimer sa douleur, et semble m’accuser desuspendre trop longtemps vos regrets sur une perte que nous devons tous ressentir avec elle.

Quelques notes complémentaires.

 

Même, Étymologie

Du latin vulgaire metipsimus, composé de – met + ipse + – issimus. Donne en roman medisme, puis meïsme et enfin l’ancien français mesme

Définition : la même chose. semblable

Met et ipse moi même plus le superlatif issimus.

 

Style, Étymologie

Anciennement stile. Du latin stilus (« tige de plante », « pieu », « poinçon », « stylet pour écrire », d’où « manière d’écrire ») qui a donné stylus par faux rapprochement avec le grec ancien στῦλος (stŷylos) (« colonne, pilier »).

Camille Laurens résume ainsi l’histoire du mot :

« Dans l’Antiquité, le style désignait ce poinçon de fer ou d’os qui servait à écrire sur de la cire, et dont l’autre extrémité, aplatie, permettait d’effacer ce qu’on avait écrit. Il y a quelque chose d’émouvant, des siècles après, à reconnaître dans cet objet l’ancêtre du stylo. Mais à l’époque déjà, par glissement métonymique de l’instrument à son résultat, le style est aussi la manière d’écrire, la tournure de l’expression. Cicéron l’emploie dans ce sens figuré dès le premier siècle avant notre ère. Cependant l’un n’implique pas forcément l’autre, et dieu sait que même aujourd’hui il ne suffit pas de tenir un stylo pour avoir une plume. Le style en effet ne se confond pas avec l’écriture, et bien des gens écrivent qui n’ont pourtant aucun style, sauf à l’entendre au sens large : il y a certes un style administratif, très reconnaissable, un style publicitaire… À l’inverse, parfois, quelques mots suffisent : “Impossible rentrer ce soir stop Mensonge suit”, ça a du style, avouez du style télégraphique. »

Il est pour stiglus, apparenté à stigma, stimulus, stinguo. qui donnera par exemple stigmate.

 

En revanche le στῦλος, stýylos en grec donnera pilier colonne stèle.

 

On le voit style est un mot flou presque sans définition ou par trop polysémique. C’est un mot intrigant. Style manière d’écrire. Le style s’élargit pour parler de tous les domaines de l’esthétique, ameublement mode, architecture, peinture, même pour caractériser la psychologie des individus.

 

Le style n’est plus utilisé que par des critiques de journaux, le style se résume à c’est bien écrit. On n’a plus à faire qu’à des questions subjectives ; ce n’est plus qu’une lutte ou un combat entre le bon ou le mauvais. Le style est devenu insignifiance verbale, il est mis à la place de tout ce que l’on ne sait pas nommer.

 

Le style est selon Léo Spitzer la littéralité d’une œuvre, il est issu uniquement de la structure formelle, langagière elle-même. On le voit, la stylistique décortique des mécanismes. Le style creuse un espace vacant dans le vocabulaire, une sorte de non-lieu, toujours employé jamais défini. Depuis Buffon, rien, ou pas grand-chose.

En revanche, il est étonnant de voir qu’il est absent du vocabulaire de Gerard Genette, de Robbe Grillet, Butor ou Sarraute, du nouveau roman. Todorov utilise une seule fois le mot style, dans l’article style de son dictionnaire des sciences du langage ; il en évacue les catégories historique, idéologique, fonctionnelle.

Le style est : « Le choix que tout texte doit opérer parmi un certain nombre de disponibilités contenues dans la langue. » La langue est une structure qui détermine l’énonciation. Le mot style ne devient plus que l’acteur de notre langue.

 

Pour Mallarmé la poésie rémunère le défaut des langues, il manque quelque chose à la langue que la poésie veut essayer de combler. Ce n’est plus un écart, le style veut tirer parti de ce défaut originel et accomplir la langue. S’il y a différentes langues c’est qu’il y a un défaut originel. Babel est la preuve que le langage originel, celui qui est total sans faille, universel, c’est perdu. Pour le retrouver, il ne reste que la poésie qui cherche à accomplir l’âge d’or du langage.

 

Le signe est arbitraire contrairement à la rêverie poétique de Cratyle. Le langage est motivé de l’intérieur il est une onomatopée permanente, le fluide coule. C’est une belle et fausse rêverie.

Kippling dans le livre de la jungle écrit que le A de carpe vient de la forme de l’ouverture de sa bouche, ça motive la poésie, mais c’est faux.

 

« La perversité confère à jour comme à nuit contradictoirement des sons obscurs ici clairs là. » Le ou de jour est sombre le ui de nuit est clair. Mallarmé a besoin de croire en ce défaut originel de la langue. 

 

En fait, Léo Spitzer, Jean Cohen, font apparaître la notion d’écart quand il s’agit du style. Ils cherchent à trouver les dérivations que le style invente par rapport à un usage moyen de la langue. Jean Cohen définit l’écart comme à la fois une infraction au code de la langue et comme un détournement de ce code. Dès qu’il y a écart, il y a style. Cela suppose une sorte de langue neutre à laquelle le style ajouterait quelque chose.

Ainsi, plus il y de style, plus il y a de poésie ; « De la prose à la poésie, d’un état de la poésie à l’autre, la différence est seulement l’audace avec laquelle le langage utilise les procédés virtuellement inscrits dans son infrastructure. » La prose n’est qu’une poésie modérée. Poésie moins style égal prose. Ainsi c’est la structure du langage sans référence à la Psyché d’un auteur qui fait style.

Le style est un surplus.

 

Genette dans Figure II, le style est un écart ; « en ce sens qu’il s’éloigne du langage neutre, par un certain effet de différence, d’excentricité, mais la poésie ne serait plus tant la réduction utopique de ce défaut ». Il y a un style dés qu’il y a marge, marge de silence, la place du commentaire autour du langage.

 

Dans « Le degré 0 de l’écriture » Roland Barthes écrit ; « Le style est un état de grâce de la poésie au moment ou la poésie se dégage de tous les discours idéologiques »

« À ce moment-là quand la poésie se dégage, il n’y a que des styles à travers lesquels l’homme se retourne complètement et affronte le monde objectif, sans passé par aucune des figures de l’histoire ou de la sociabilité. » 

Style serait autour de la langue comme un horizon du possible. Un état de nature. Le style comme la langue serait une nécessité quelque chose de non choisi, mais unique indissociable d’un auteur, le style est contingent à l’auteur. L’auteur unifie. L’écriture est l’exercice de liberté de l’auteur. C’est son acte, son action, c’est la manifestation de son choix dans une société donnée.

Le style est le produit d’une poussée et non d’une intention et l’écriture est son inscription sociale dans l’histoire.le style peut-être la marque la trace le palindrome d’écart. La possibilité d’écrire de laisser un commentaire, une trace dans l’écart de la marge. C’est la césure, le stylet coupe et tranche du texte, la sécure du sacré et du profane, le cercle vide autour de la stèle dressée.

Le style est l’homme distingué, stigmatisé.

Tag(s) : #Le sujet, #l'Existence

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