Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

« Je suis le médecin de la civilisation »  F. Nietzsche

 

 Par cette petite phrase d’une grande modestie, Nietzsche nous révèle le sens thérapeutique qu’il a donné à sa pensée. Il se compare au médecin qui se propose de soigner notre civilisation de la maladie mortelle dont elle est atteinte : la décadence. Cette maladie se manifeste par une fatigue de vivre chronique et une peur névrotique de souffrir mais aussi par le nihilisme passif que représente la pensée occidentale. Selon Nietzsche, toute philosophie est le symptôme qui trahit la maladie de son auteur ! Le remède préconisé par le docteur Nietzsche n’a rien de la douceur du pansement, mais passe plutôt par la violence de la saignée ! C’est en un sens péjoratif que le philosophe allemand évoque la pensée comme pansement, le fait de recouvrir la plaie n’étant pour lui qu’une manière provisoire de calmer la douleur sans véritablement guérir le malade. Nietzsche a d’ailleurs reproché à Socrate de se contenter de poser des pansements sur les blessures de la vie sans véritablement les guérir. Nietzsche a accusé le « médecin de l’âme » que se voulait Socrate d’administrer des analgésiques contre la douleur, cette thérapie ne traitant que les effets de la maladie sans agir sur ses causes. Pour sa part, il a préconisé comme remède contre la maladie du nihilisme l’idéal du Surhomme, une thérapie philosophique radicale et douloureuse passant par la remise en question de tout ce que nous tenions pour vrai jusqu’alors. En fait, pour Nietzsche, la pensée est un pharmacos, c’est-à-dire à la fois un poison et un remède. Pour lui, la pensée idéaliste occidentale a été un poison insidieux ayant mené notre civilisation à son crépuscule, tandis que la pensée tragique du Surhomme constitue le remède adéquat pour les être qui ont encore véritablement foi dans la vie. A travers sa phrase célèbre « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort », Nietzsche reprend à son compte le principe du vaccin selon lequel il faut combattre le mal par le mal…

  Les nouvelles pratiques philosophiques dont le café-philo fait parti, proposent précisément la pensée comme pansement aux maux de la vie. Notre époque qui est marquée par le souci de soi tend de plus en plus à transformer la pensée en approche thérapeutique. Nombreux sont les romanciers qui à l’image de Frédéric Beigbeder ou de Justine Lévy qui pansent leurs blessures existentielles à travers l’écriture autobiographique. Certes, depuis toujours des penseurs ont ressenti le besoin de parler d’eux-mêmes à travers des écrits autobiographiques. On pense aux Confessions d’Augustin et de Rousseau ou aux Essais de Montaigne. Mais ce n’est que beaucoup plus tard que l’écrit autobiographique a consciemment été pensé comme un moyen de soigner son mal de vivre. C’est véritablement à travers l’œuvre de Kierkegaard (1813-1855) que la pensée est devenue un pansement, les mots soignant les maux et la plume se substituant à la seringue ! Le penseur danois a clairement conçu son immense œuvre philosophico-littéraire comme un pansement posé sur les plaies de sa culpabilité et de son chagrin d’amour. Comme le dit Stéphane Vial dans son excellent ouvrage Kierkegaard : écrire pour ne pas mourir le penseur danois a réussi à exorciser son mal de vivre à travers l’écriture. Kierkegaard a plus particulièrement ressassé son chagrin d’amour après sa rupture avec sa fiancée Régine Olsen. Son style inimitable où le journal intime se confond avec les analyses philosophiques les plus profondes fait de son œuvre un trésor inestimable pour tous ceux et celles qui cherchent à sublimer leur chagrin d’amour pour donner un nouveau sens à leur existence…A la veille de la célébration de son bicentenaire Kierkegaard est plus que jamais le penseur qu’il faut à notre société minée par la culpabilité et le chagrin d’amour…

 

Biblio : Nietzsche, Ecce homo – Kierkegaard, Etapes sur le chemin de la vie.

 

                                            Jean-Luc Berlet     

 (café-philo du 11 janvier 2011) 

 

                               

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

    

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0