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La Nature ou la Grâce?

 

Présentation du café philo de la rotonde se la muette, le mercredi 14 Septembre 2011 par Raphaël Prudencio.

 

Ecoute de l'enregistrement

 

Grâce : hébreu : ‘HéN , + HèSèD ; grec : χαρισ (caris) ; latin : gratia

Vocable d’une importance extrême pour la science théologique. Il convient de le préciser le mieux possible. En effet, les controverses sur "la liberté et la grâce", sur la "nécessité de la grâce", sur la "définition de la grâce" (prévenante, suffisante, nécessaire, efficace... ) se sont délayées tout au long de l'histoire de l'Eglise. Encore aujourd'hui, entre les diverses confessions chrétiennes, les malentendus et parfois les oppositions restent irréductibles. Il faut donc impérativement savoir ce que le Saint Esprit de Dieu, "qui nous conduit vers la vérité tout entière", a exprimé par le mot "grâce".

Le mot français dérive directement du latin "gratia", dont il reproduit les consonnes; lui-même vient de "gratus" = "accueilli avec faveur", d'où les mots "gratifier, gré..." Le sens latin : « faveur, pardon, remerciement », subsiste en italien et espagnol: en effet le mot "merci" se dit encore en italien, "grazia" et en Espagnol "gracias". A partir du 17è siècle, le mot français « grâce » s'est limité au sens théologique. On a encore "grâce à toi, grâce à vous", pour exprimer un remerciement. Et nous avons l'adjectif "gracieux": agréable à voir ou à entendre.

Dans le Nouveau Testament nous trouvons le mot grec: "χαρισ" , qui bien avant Jésus-Christ était employé dans le sens de "lumière, joie, agrément..."; et aussi "bienveillance, faveur..." Il vient de la racine "χαρ" qui signifie "briller" ; χαρισ = ce qui brille, ce qui réjouit, ce qui charme... Ce mot est donc associé à la lumière. "Dieu est lumière" nous dit saint Jean, "aucune ténèbre en lui". La grâce se rapporte donc directement à Dieu, et, de fait, elle vient de Dieu. De nombreux dérivés "χαριεστοσ": charmant, agréable, "χαρισμα" : récompense, don gracieux... « charisme ».

Le vocable se présente au début de l'Evangile, dans la parole de l'Ange Gabriel, au moment de la salutation angélique (Luc 1/28) : "χαιρε κεχαριτωμνη"; χαιρε est traduit habituellement par "Je vous salue Marie", en copiant sur le latin "Ave Maria", alors que le verbe "χαιρω" - de la même racine que χαρισ - signifie « se réjouir, être heureux », à l'impératif ici: "Réjouis-toi". Le mot qui suit : "κεχαριτωμνη" = "ayant été rempli de la grâce", "comblée de grâce", ou "de la bienveillance" , est le participe parfait passif du verbe "χαριτοω" (dictionnaire de Bailly) . A lui seul, il évoque l'action divine en sainte Marie; l'Eglise s'est appuyée sur ce mot – outre la Tradition constante des pères - pour définir l'Immaculée Conception. Il figure aussi en Eph. 1/6 : "il nous a prédestinés à l'adoption filiale en Jésus-Christ, selon le bon vouloir de sa volonté, à la louange de la gloire (δοξα) de sa grâce (χαρισ) de laquelle il nous a comblés (εχαριτωσεν) dans le bien-aimé". Nous pouvons comme sainte Marie être comblés de cette même grâce : faveur divine ! (lire tout le début de cette épitre aux Ephésiens) - "χαρισ " revient souvent dans le vocabulaire chrétien pour signifier l'action de Dieu bienveillante, vivifiante, rédemptrice dans le baptisé, conscient de son Baptême qui l'a élevé à la filiation* divine.

Le mot français "charme" (grec "χαρμα"), dérive de la même racine grecque. Ainsi ce qu'il y eut de meilleur dans la "πολιθεια" = la civilisation de la cité grecque, s'est épanoui dans la grâce chrétienne.

Le sens théologique du mot "grâce" a été bien défini par le concile de Trente, dans le Décret sur le péché originel, (ch.5), lorsqu'il enseigne clairement que le péché originel et sa culpabilité sont détruits par la « grâce » accordée à celui que la Foi justifie. Ce texte est d'une grande valeur. (Voi r notre Traité de la Justification )

De même le mot "grâce" a été parfaitement précisé dans le Décret sur la Justification, où le Concile explique d'abord la nécessité de la grâce divine pour que la créature humaine puisse se relever de son état de déchéance en raison du péché * originel , ensuite, les conditions qu'il faut remplir, les dispositions de coeur, et l'esprit qu'il faut avoir, pour obtenir cette "grâce", et pour demeurer en "état de grâce", c'est-à-dire dans la faveur de Dieu et recevoir les dons * du Saint Esprit. C'est ainsi que la théologie catholique a défini ce qu'est la grâce "actuelle" = un secours qui vient gratuitement de Dieu dans telle ou telle circonstance; et la grâce "sanctifiante" = la présence du Saint Esprit dans l'homme justifié par la foi, ayant retrouvé sa véritable identité - l'image et la ressemblance de Dieu - dans la connaissance et l'amour de la Sainte Trinité.

Voici le canon n°5 sur le péché originel pardonné et supprimé par la grâce de Dieu: (Extrait de mon ouvrage : "Traité de la justification.)"

Chap.5 - Si quelqu'un dit que la culpabilité du péché originel n'est pas supprimée par la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, laquelle est conférée dans le baptême; ou encore s'il affirme que n'est pas entièrement enlevé ce qui comporte une raison propre et véritable de péché, mais s'il dit que cela est seulement raclé ou non imputé : qu'il soit anathème. En ceux qui sont re-nés, en effet, Dieu ne hait rien, car "il n'y a rien qui soit motif de condamnation pour ceux qui sont vraiment ensevelis avec le Christ par le baptême dans la mort" (Rom.6/4), qui "ne marchent pas selon la chair" (Rom.8/1), mais qui ayant dépouillé le vieil homme et ayant revêtu l'homme nouveau qui est créé selon Dieu (Eph. 4/ 22s. Col. 3/9 s.) sont devenus innocents, purs, immaculés, sans reproche et pour Dieu des fils aimés, "héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ" (Rom.8/17), de sorte que, désormais, rien ne les empêche d'entrer au ciel.

 

Racines hébraïques.

En hébreu le mot qui fut traduit par "grâce" : "HéN" se retrouve dans le prénom féminin "Anne": HaNaH. HaNaN = faire une grâce, HaNOUN = gracieux.

Ce vocable se présente pour la première fois dans l'Ecriture en Genèse 6/8 : "Noé trouva grâce aux yeux de Dieu". Puis nous le retrouvons en Gen.19/19 : Lot a trouvé grâce aux yeux de Yahvé qui l'arrache à la ruine de Sodome. Ce mot revient plusieurs fois dans le dialogue, très émouvant, de Moïse avec Dieu: Gen 33/12-17. "Si j'ai ta faveur... "Et Dieu lui dit: "Tu as trouvé grâce à mes yeux et je te connais par ton nom." Puis le fameux passage où Moïse ne peut voir Dieu face à face, mais seulement entendre sa voix....

Cette expression :"Si j'ai trouvé grâce à tes yeux" revient assez souvent dans le texte sacré: avec le sens de beauté, d'agrément, d'amabilité. Nous sommes en effet très proches du mot grec: "χαρισ ".

Un autre mot a aussi le sens de "faveur", de grâce : "HèSèD" On rencontre ce mot dans l'épisode très significatif du 2ème livre de Samuel, ch.24, où David perd la faveur de Dieu pour avoir recensé le peuple, puis la retrouve par son repentir à la voix du Prophète Gad, en offrant des sacrifices d'expiation (v.23). C'est le mot qu'emploie le prophète Isaïe dans les chants du "serviteur" de Yahvé 42/1-9; 49/1-6, 50/4-11, 52/13 53/12 : "Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui mon âme se complaît, j'ai mis sur lui mon esprit pour qu'il apporte aux nations le droit". Ces chants désignent, avec une vérité étonnante, notre Seigneur Jésus-Christ comme le "Juste" * "plein de grâce (χαρισ) et de vérité," mais qui, en raison de la contradiction qu'il affronte de la part des hommes charnels, devient l'homme des douleurs persécuté et rejeté comme un objet de rebut. (Is. ch. 53)

C'est cette même parole, exprimant la faveur divine, que le Père a prononcée lui-même au baptême de Jésus et à la Transfiguration: "Voici mon fils bien-aimé en qui j'ai mis toute ma faveur" : ευδοκησα (Mt. 3/17) que l'on traduit aussi : "J’ai mis mes complaisances", "ευδοκια" : faveur , bienveillance. "ευ−δοκεω" = bien-plaire, d'où complaire. Ce mot, très important, est aussi celui qu'ont chanté les Anges le jour de Noël. On a traduit faussement par "Les hommes de bonne volonté", alors qu'il faut dire : "les hommes de la complaisance", de la "faveur divine": Ce mot désigne en premier lieu les saints géniteurs du Christ qui, par la foi, ont obtenu la justification aux yeux du Père, et ont eu le privilège d'engendrer le Sauveur par la Vertu fécondante du Saint Esprit.

Ce qui démontre que la première récompense de cette foi qui est venue dans le monde, (Gal. ch 3 fin et 4 début) fut la génération sainte, virginale et glorieuse du Christ qui est non seulement "le fils de l'homme", mais le "Verbe fait chair".

"La liberté et la grâce" : Dieu offre sa grâce, mais nous restons toujours libre de l'accepter ou de la refuser; c'est bien pourquoi sainte Marie a dû librement prononcer son "Fiat" avant de concevoir l'enfant Jésus. Nous pouvons et nous devons réclamer la grâce divine, don que Dieu ne refuse pas si la prière est sincère. "Vous

qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père donnera-t-il l'Esprit-Saint à ceux qui le lui demandent". (Luc 11/13)

 Les-3-graces-Botticeli.jpg

Les trois grâces dans Le printemps (vers 1482) de Sandro Botticelli (1444 ou 1445 - 1510)

Florence, musée des Offices.

 

NATURE.Pas de mot hébreu ; grec : φυσισ (phusis) ; latin : natura

C’est le mot latin « natura », dérivé du participe passé « natus » du verbe « nascor », naître. Le sens du mot latin se retrouve identiquement en français avec toutes ses nuances. Il désigne d’abord l’ensemble des êtres créés; autrefois presque divinisée : « Natura ». « De natura rerum » = de la nature des choses, ouvrage de Lucrèce exposant la théorie atomique d'Epicure, reprise plus tard par Gassendi et confirmée par la science moderne : il expose ce qu’il y a au-dessous des "apparences", en grec les « φαινομενα », (phénomènes, apparences) titre du précieux livre d’Aratos (4ème S. av. J.C.) qui décrit le ciel et ses variations saisonnières pour que les marins grecs qui parcouraient l’Egée puissent aisément se diriger vers le rivage qu’ils convoitaient. On oppose aussi souvent ce qui est « naturel » et « artificiel »... On dit « un bon naturel » pour qualifier un homme droit et honnête, qui est vertueux sans effort. Et lorsque l’on parle, en théologie de la « nature déchue » on désigne les conséquences du péché originel qui a fait dévier l’homme hors et au-dessous de sa "vraie nature", celle qu’il avait reçue au commencement, lorsque Dieu vit toute son œuvre et conclut : « tout est très bon ».

Le mot grec est «φυσισ » qui signifie « plante » « rejeton », mot qui évoque le fruit d’une « génération ». Le verbe « φυω» signifie « pousser, faire pousser, planter ». Le verbe « φυτευω» signifie « semer » ou « planter », ce qui évoque que la « nature » est en quelque sorte achevée par les êtres vivants. En I Cor. 3/6, nous avons dans la bouche de Paul « εγω εφυτευσα » : « Moi, j’ai planté, Apollo a arrosé ». En français ce mot : "φυσισ" se retrouve dans le mot « physique » qui est justement la science qui donne l’intelligence des choses mais avec une spécialisation pour la matière non vivante, qui se présente sous les trois états solide, liquide, gazeux, et ensuite les lois qui régissent les mouvements et les équilibres des corps. (mécanique, cinétique, statique etc).. L'étude des êtres vivants « biologie » se rattache au mot « βιοσ» qui signifie « vie », et le mot « génétique » qui désigne l’étude de la reproduction des êtres vivants vient du mot engendrer : racine « γεν ».

Dieu s’est exprimé parfaitement par ses œuvres. "Ils sont inexcusables, dit saint Paul, puisque ayant connu Dieu – par le moyen de ses oeuvres (v.20) – ils ne l'ont pas glorifié comme Dieu et ne lui ont pas rendu grâces. Mais ils sont devenus vains dans leurs pensées, et leur coeur sans intelligence s'est enveloppé de ténèbres. Se vantant d'être sage ils sont devenus fous..." (Rom 1/20-22 ; lire de 18 à 23). L’athéisme est un aveuglement monumental directement issu du crétinisme humain et de la supercherie diabolique. Il procède d’un mensonge et d’une hypocrisie impardonnables. Lorsque le Royaume sera établi « sur la terre comme au ciel » nous serons effarés devant l’histoire des nations. Le concile Vatican I a bien défini que l'homme par sa seule raison peut s'assurer de l'existence de Dieu, par le moyen de ses oeuvres. Il faut en effet être aveugle, ou de mauvaise foi, pour ne le point voir !

Il n'y a pas de mot hébreu pour dire "nature" parce que le génie de la Bible ne sépare jamais la création du Créateur. Pour évoquer la "nature" nous avons l'expression "le ciel et la terre". "Adjutorium nostrum in nomine domini qui fecit caelum et terram" : notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre". Le mot hébreu le plus voisin de l'idée de nature signifie intégrité, ordonnance, comportement, voie. C'est le mot "HiRaH". (avec "aleph", Zorell p.79)

L'homme a déchu de sa "vraie nature" en désobéissant au commandement primordial – sa loi spécifique - qui règle la génération humaine. Engendré comme les animaux, réduit à la condition (nature) d'une espèce entre les espèces, il a perdu sa filiation divine qui l'instituait "image et ressemblance de Dieu", fils et fille du Dieu Créateur et Père. La nature humaine des fils d'Adam engendré de la chair et du sang n'est plus la nature originelle du couple initial au paradis terrestre. Génétiquement, elle est cassée, altérée. C'est pourquoi la théologie parle de la "nature déchue". Le Christ seul, et sainte Marie nous donnent une image exacte de la "nature intègre" telle que Dieu l'a voulu au principe.

C'est le but de la rédemption : restaurer la nature humaine.

Nature humaine, nature divine

Ce mot a été employé dans la théologie pour définir les deux natures présentes dans le Christ. La nature humaine est celle qu'il a prise de la Vierge Marie, au moment de son incarnation. La nature divine est celle qu'il possède de toute éternité avec le Père et l'Esprit-Saint, "une seule nature en trois personnes" distinctes, affirme clairement le symbole de saint Athanase. Cette formule très simple nous permet de définir au mieux la Sainte Trinité : un seul Dieu en trois personnes.

Extrait du symbole de saint Athanase :

"Voici la foi catholique : c'est d'adorer un seul Dieu en Trinité et la Trinité dans l'unité. Sans confondre les personnes et sans diviser la substance. Autre est la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle du Saint-Esprit. Mais du Père, du Fils et de l'Esprit-Saint, une est la divinité, égale la gloire, co-éternelle la majesté. Tel le Père, tel le Fils, tel le Saint-Esprit. Le Père est incréé, le Fils est incréé, le Saint-Esprit est incréé. Immense le Père, immense le Fils, immense le Saint-Esprit. Eternel le Père, éternel le Fils, éternel le Saint-Esprit. Cependant non pas trois éternels mais un seul est éternel. De même, non pas trois incréés ni trois immenses, mais un seul est incréé, un seul est immense. Tout aussi bien le Père est tout puissant, tout puissant le Fils, tout puissant le Saint Esprit, et cependant non pas trois tout puissants, mais un seul est tout puissant. De même le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint Esprit est Die , et cependant non pas trois Dieux mais un seul est Dieu. Et encore le Père est Seigneur, le Fils est Seigneur, le Saint Esprit est Seigneur, cependant non pas trois Seigneurs mais un seul est Seigneur. C'est ainsi que la vérité chrétienne nous oblige à confesser que chacune des personnes est Dieu et Seigneur, et cependant la même religion catholique nous empêche de parler de trois dieux et de trois seigneurs..."

 

Voir les mots des caféphilo, la Grâce

Tag(s) : #Textes des cafés-philo

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