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« J’ai assez vécu pour voir que différence engendre haine. »    Stendhal

 

Le sens commun donne implicitement raison à Stendhal décrétant que la différence engendre la haine, c’est-à-dire la séparation dans ce qu’elle a de plus funeste. Mais en philosophie il faut aller au-delà des fausses évidences de l’opinion. Pour rester encore un peu sur cette référence sentimentale stendhalienne, le détour par Freud peut s’avérer éclairant. A travers son expérience psychanalytique Freud a réalisé que la différence engendrait à la fois la haine et l’amour. Cela est particulièrement vrai pour la différence sexuelle qui est la différence par excellence. Pour lui c’est d’ailleurs cette ambivalence des sentiments qui permet d’expliquer toutes les absurdités apparentes du comportement amoureux avec le sado-masochisme en tête ! 

Je ne résiste pas à la tentation de faire allusion à une affaire célèbre en cours pour illustrer le bien fondé à mon sens de la thèse freudienne. Le thème de la différence qui sépare et qui lie est en effet au cœur de l’affaire DSK et ce indépendamment de tout verdict final. En effet, qu’il s’agisse d’une machination ou d’une pulsion, le fait est que la différence entre l’accusé et la victime est abyssale. Une relation sexuelle, consentie ou non, entre un patron du FMI, vieux, blanc et juif et une femme de chambre jeune, noire et musulmane est de nature à faire sauter l’audimat en jouant sur les fantasmes les plus explosifs ! Cette insoutenable tentation de la différence est aussi au cœur de la philosophie. L’étonnement étant le sentiment philosophique par excellence, je m’étonne du fait que personne ne se soit intéressé à la tendance marquée chez les philosophes de s’accoupler à des femmes simples. Citons pêle-mêle Descartes et sa servante, Rousseau et sa blanchisseuse, Nietzsche et ses prostituées italiennes, Hegel et sa femme de ménage ou encore Schopenhauer et la femme de chambre d’un hôtel…Peut-être que ces philosophes fatigués par les méandres de leur complexité ont-ils éprouvé le besoin de se reposer dans les bras de femmes simples pour y goûter les délices de la différence ?

Sur un plan strictement logique, la différence est toujours en même temps une séparation et un lien car sans l’intervalle qui sépare les choses il n’y aurait pas de liaison possible. Sans le principe de différenciation il n’y aurait pas de monde possible mais seulement un chaos indifférencié. Or, l’acte de différenciation passe par une séparation préalable des éléments entremêlés, cet acte étant aussi la condition de possibilité pur l’établissement d’un lien futur. C’est un tel processus de différenciation qui est relaté de manière imagé dans le livre de la Genèse. Dieu créé le monde à partir du chaos originel en séparant le ciel de la terre, la terre de l’eau et la femme de l’homme…Ensuite, pour établir un lien avec les hommes, il leur demande de séparer les offrandes qu’ils lui apportent. C’est ainsi que Dieu demande à Abraham de séparer en deux les animaux qu’il lui offre en holocauste. 

Comme l’a bien montré Schelling, sur le plan métaphysique il est nécessaire qu’il y ait une différence originelle à l’origine pour qu’un monde puisse venir à l’existence. Pour le philosophe allemand, tout se passe comme si l’être divin s’était arraché à lui même pour pouvoir faire advenir la créature dont il était gros, un peu comme dans un accouchement cosmique. D’ailleurs, la vie humaine passe par la différenciation du bébé d’avec la mère à travers la coupure du lien que représente par le cordon ombilical. Seule l’existence d’un être humain sans nombril nous obligerait à remettre en question une telle logique ! 

             

 café-philo du 24 mai 2011

  

                                            Jean-Luc Berlet       

 

                               

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

    

 

 

 

 

Tag(s) : #Textes des cafés-philo

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