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Baruch Spinoza

 Embrumé d’or, l’occident illumine

La fenêtre. Le patient manuscrit

Attend déjà chargé, gros et infini.

Quelqu’un érige Dieu dans la pénombre.

Un homme engendre Dieu. Et c’est un juif,

Le regard triste et le teint olivâtre ;

Le temps l’emporte comme la rivière

Une brindille sur l’eau qui décline.

Qu’importe. Le sorcier persiste et taille

Un Dieu de subtile géométrie ;

Depuis son mal, au fond de son néant,

Sans relâche il construit son Dieu de mots :

Il a reçu ce généreux amour

Qui ne veut pas être aimé de retour.

 

Jorge Luis Borges
 

Enregistrement de la présentation de Raphaël Prudencio. 
 

«Ne pas philosopher, c’est encore philosopher».

Le discours philosophique de l’occident revendique l’amplitude d’un englobement ou d’une compréhension ultime. Il astreint tout autre discours à se justifier devant le philosophe. Le discours philosophique doit donc pouvoir embrasser le dieu dont parle la bible, si toute fois ce Dieu à un sens.
On peut certes prétendre que le dieu de la Bible n’a pas de sens, c’est à dire n’est pas à proprement parler pensable. Le concept de dieu n’est pas du tout concept. On se demande s’il est possible de parler légitiment de dieu, sans porter atteinte à l’absoluité que ce mot – ne pourrait-on pas dire aussi de ce nom - semble signifier. Dieu est un mot comme un autre…

Que nomme Dieu ? Dieu est-il un mot ? Dieu est-il un nom ? S’il est un nom il est nom de qui ? Qui est l’anonyme derrière le nom de Dieu ?

dieu de la genèse wojtek siudmak
 

Les questions relatives à Dieu ne se résolvent pas par des réponses où cesse de résonner- raisonner- où s'apaise pleinement l'interrogation. Comment lier, associer le pur indicible, et la philosophie. La philosophie comme langage retourné dans l'espoir qu'il ne laisse aucun secret. Comment lier l'écart extrême du nom innominé et cette nomination.

«De Dieu qui vient à l’idée». De quelle provenance ? Qui vient ? Où qui advient ?

Soyons précis quand Levinas parle du Dieu, de Dieu, il parle du sien, du dieu du texte hébreu, quand il  en parle c’est du sein de la tradition juive, de la Thora et du Talmud. Les termes hébraïques de la Thora qui conduisent à Deus ou à Théos, le Talmud veut qu’il soient noms propres. Le mot dieu manquerait dans la langue hébraïque. Belle conséquence du monothéisme, ou n’existe ni espèce divine, ni mot générique pour le désigner. On peut lire dans « Moré Névoukhim » ou « Traité des perplexes » de Maïmonide :

« Le fondement du fondement et le pilier de la sagesse consiste à savoir que le nom de dieu existe et qu’il est premier »

Cette interrogation doit se mener indépendamment du problème de l’existence ou de la non existence de ce qu’il recouvre. Indépendamment de la décision qui pourrait être prise devant cette alternative et plus encore indépendamment de la décision prise sur le sens ou le non sens de cette alternative même. Alors il nous faut rechercher un concrétude phénoménologique dans laquelle cette signification pourrait signifier.

Le mot qui désigne la divinité est précisément le mot nom, « chem » dont la racine donnera « chema » écoute, terme générique par rapport auquel les différents noms de dieu sont individu.Le théonyme, le nom explicite, a un privilège, il consiste en cette étrange condition pour un nom de ne devoir jamais être prononcé en vain.

Pour trouver la première occurrence des quatre lettres il faut aller à la fin du premier chapitre de la genèse puis ensuite aller en Ex 3, 14. Le nom se montre puis se dissimule. Il est anachorèse. La voix qui résonne est aussi la voix qui se tait. Quel est le sens positif de se retrait de ce Dieu qui ne dit que ses noms ? N’est-il pas une non connaissance pure et simple ? La première hypothèse du Parménide de Platon aboutit à l’impossibilité de l’un séparé de l’être qui ne devrait : «ni être nommé, ni désigné, ni connu» 142a.

« Les mots sont de petites maisons avec cave et grenier. Le sens commun séjourne au rez-de-chaussée… monter l’escalier dans les mots, c’est de degré en degré abstraire. Descendre à la cave, c’est rêver, c’est se perdre dans le lointain couloirs d’une étymologie incertaine, c’est chercher dans les mots des trésors introuvables. Monter et descendre, dans les mots même c’est la vie des poètes. »

Bachelard.

Au commencement était le point. Yod. Le point est le passage du non être visible à l’être visible. Yod est un seuil, pour Euclide la définition du point est de ne pas avoir de définition. Il est ainsi l’union du silence et de la parole. Soit il est l’apparition de l’expansion, soit il la concentration et le retrait. Yod s’écrit : yod, vav, dalet, qui sont le point la ligne et la surface. Le déploiement vertical du yod est la lettre vav. Seconde phase, déplacement horizontal, l’immanence, du vav conduit au dalet, naissance de la spatialité ; point, ligne, surface, du spirituel dans le nom. Tracer le nom, c’est partager un espace en différent lieu et construire l’espace particulier dans lequel la conscience va établir un point de vue déterminé sur le monde, un système spirituel de référence.

Ce qui nous ramène à la racine du mot nom « chem », le nom, qui vient du mot « cham » là bas. Á chaque fois qu’il y a un là bas il y a un nom et le contraire. Ainsi parler de Dieu dans le monde c’est parler de l’impossibilité de sa présence. Le point, comme présence paradoxale d’un être qui est à la fois présent et absent, est le lieu de cet affrontement de forces de l’être et de non être là. Là est la question sur laquelle repose le monde. Enigme.

Nous laisserons la question ouverte, comme lieu même de l’interrogation fondamentale. Le tétragramme désigne le nom. Bien qu’il apparaisse dans le texte biblique dès le chapitre 2 de la genèse au verset 4, il n’est révéler qu’à l’époque de Moïse dans l’épisode du buisson ardent ; Ex 3,14 (ce rapport au cercle est étonnant, le cercle se définissant par rapport à son point central qui n’existe pas).

Moïse : « quel est ton nom ? » « Li Ma Che Mo ». Anagramme Sod chem, le secret du nom.

Ehyeh achere Ehyeh. Je serais que serais. Henri Meschonnic.

Le nom Ehyeh n’est dans l’histoire de la révélation du nom qu’un essai qui échoue, malgré la positivité du futur dont il est porteur. Du Ehyeh achere Ehyeh nous passons au verset suivant à Ehyeh puis au tétragramme,  Yod, hé, vav, hé qui va être perçu et a été perçu à chaque fois selon les perspectives différentes. Abraham a sa perception de Dieu, Isaac a sa perception de Dieu, et Jacob a sa perception de Dieu. Le non n’est donné que comme visible par quatre consonnes sans voyelles. Ineffable. Le nom tétragramme ne renvoie à rien d’autre qu’à lui même, différent d’un nom propre qui renvoie à la personne qui le porte. Le tétragramme ne renvoie pas à une autre réalité qui serait Dieu. Il offre l’impensable. La source même du questionnement.
Spatialiser le nom du théogramme, lui donner une forme repérable, visible, et par là dicible, conduit à construire une idole, non de pierre mais de mot. Le point retourne au point. Degré zéro de l’expérience du sens. Il ne construit pas l’espace mais le déconstruit.

« Si l’intellection du dieu biblique – la théologie – n’atteint pas le niveau de la pensée philosophique, ce n‘est pas parce qu’elle pense Dieu comme étant sens explicité au préalable, l’être de cet étant, mais parce qu’en thématisant Dieu, elle l’amène dans la cause de l’être, alors que le dieu de la bible signifie de façon invraisemblable l’au delà de l’être, ce qui se nomme transcendance. Et ce n’est pas par hasard que l’histoire de la philosophie occidentale a été la destruction de cette transcendance ».

Levinas.

 

Ne pouvant rien faire d’autre le philosophe a tenté d’interroger le nom dont on a fait de dieu le sommet des existences, un existant suprême, répondant ainsi aux critères philosophiques. Mais le dieu biblique s’abstrait, échappe à ce statut. De ce fait l’histoire de la philosophie n’a cessé de débattre avec ce nom.

Que devient notre problème de départ ? Comment voir le terme philosophique par excellence, « sa voix » ?

Le problème est de déterminer une expérience première, le commencement philosophique, expérience ou l’on pourrait voir l’invisible, ou pour le dire autrement voir «sa voix». Il s’agit donc là d’une question de phénoménologie, de ce qui se donne à la vue, c’est-à-dire à la conscience ; comment voir sa voix ?

« Et tout le peuple vit les voix.»

Selon Abraham ben Samuel Aboulafia, le fait que chaque lettre possède à la fois un faisceau de sens et une valeur numérique permet ainsi de dé-lire (lier) et relier (re-lire) autrement le mot usuel, relevant et révélant des rayons encore impensés. La kabbale affirme que la Thora fut dictée par Dieu à Moïse et que de plus le texte tout entier, considéré sans séparation entre les mots constitue un seul nom, le grand non de dieu. Que l’on accord foi ou non à cette affirmation, il faut reconnaître une audace poétique remarquable ; jusqu’à nouvel ordre un ouvrage constitué d’un seul mot composé de 304.805 lettres est un cas unique de la littérature. Ourevoir de la littérature potentiel.

Qui peut prononcer un tel non d’un seul souffle ?

Bérechit bara Élohim ét hachamaïm véét harets…

En arkhê époiêsen ho théos, ton ouranon kai tên gûen…

In principio creavit deus caelum  et terram…

Où est la clé ? Où est le mot de passe ? Si la première occurrence du mot Dieu en français est le troisième mot du premier verset de la Genèse, il est le quatrième pour la septante et la vulgate de Jérôme. Dieu, Deus, Théos, veulent traduire le théonyme. Elohim, un dieu pluriel qui pourrait se traduire par : les esprits divins.

Le premier mot qui dit le nom selon l’ordre du récit se trouve au troisième verset de la Genèse.

« Vayomer Élohim yéhy or vayéhy or »

« Dieu dit que la lumière soit et la lumière fut »

Mauvaise traduction qui fait oublier l’essentiel, la question en hébreu c’est le verbe être qui ouvre la phrase précédent l’évocation de la lumière. Yéhi tel est le premier son.

וַיֹּ֥אמֶר אֱלֹהִ֖ים יְהִ֣י א֑וֹר וַֽיְהִי־אֽוֹר

Vayomère Élohim yéhy or va yéhy or

Et dire dieu être lumière et être lumière.

L’être pas si mal pour un premier indice. Entendre l’évènement être lui même…l’adresse n’est pas à Moïse, pas plus qu’elle n’est pour Adam, l’Humain.

Qui s’adresse et à qui ?

L’être c’est trop vaste pour un concept. Nous ne sommes qu’au début, au troisième verset. N’oublions pas que la perspective dans laquelle nous sommes est surprenante ; Un océan sans rivage, couvert de ténèbres. Entre, dans l’intervalle, un souffle. Le souffle comme pouvoir de discernement. Un bruit, le premier son, Yéhy, le surgissement sonore de l’être, lumière. La suite est connue, six jours de travaux dantesque. Repos.

Un son, la voix. Que voyons nous dans ce sonore ?

Yéhy, trois temps, trois lettres pour écrire le verbe être. Pourtant il n’y a que deux sons, utilisé deux fois. Trois temps qui permettent la symétrie yod hé yod. Voilà la structure de la première molécule de son. Un atome de yod deux atome de . Mise en écho pour l’audition en miroir pour la vue. Voir les voix. Du yod au du au yod le premier mot prononcé est un allé et retour, un va et vient une pulsion, un atome temporel, un pulsar. Ca commence à prendre du corps. Être, le son pour le sens, symétrie pour la forme. Mouvement et mesure. Même si la signifiance du mot être est trop large pour être saisie. Son, Être, le Nom, bel alliage symbolique. Immensités abstraites que l’on ne peut penser sans que chacune ne soulève plus de questions qu’elles ne laissent espérer de réponses.

Dans le Zohar il est dit que le yod est associé à la question, mi, qui, le à la question ma, quoi. Mi et ma sont considéré selon la tradition comme des noms divins, curieux non pour un dieu que l’on pourrait traduire par quiproquo… Distinction entre ce qui se perçoit, l’objet quoi et ce qui ne se perçoit pas mais ce conçoit, le sujet, qui. Ici yod et signale le différentiel entre le monde tel qu’il se présente, comme objet sensoriel et le lieu ou la perception interrogée se retourne en interrogation du sujet sur lui même. Retournement phénoménologique, la disposition symétrique de yéhy - yod hé yod - peut-être lu comme le vat et vient de la résonnance sonore. On peut y voir un effet miroir transposant au visuelle ce que l’écho est à l’ouïe. Le nom n’est ni objectif ni subjectif il devient trajectif.
Prenons un peu de recul : le sens codé, à la fois Être et Dieu est maintenant sous tendu d’une matière sonore yod hé yod, comme si nous était donné à voir et à entendre la vibration même des lèvres (le souffle du deuxième verset) qui prononcèrent ces paroles pour la premières fois. Entrer dans l’intervalle. Révélation d’une dualité dormant au sein même de l’unité, premier pas vibratoire du monde, le lieu même de l’intimité se séparant de l’extériorité, ce que peut être existence veut dire. Yod hé yod peut être lu comme yod hé « va » et hé yod « vient » résonnance ou effet de miroir. Yod sujet se découvrant dans le miroir du . Il entend son verbe comme le sien. Yod hé yod forme plutôt baroque du pli qui déplie pour se plier de nouveau qui peut signifier le point de départ et d’arrivé et donc la référence temporelle d’un cycle d’un mouvement.

Vayomer Elohim dieu dit être.

Á qui le dire ? Á quelle adresse ? La suite l’après du verset trois ne serait-il qu’un post-scriptum. Ce texte nous conduit dès le troisième verset à la question du destinataire. L’adresse ultime, il dit quelque choses de la fin du discours qui est l’adresse à l’ami. L’extrémité de l’envoi, ce que le sens de « A-dieu » à perdu.

« Ami en voilà assez si tu veux lire au delà,
Va, et deviens toi-même l’écrit et toi même l’essence. »

Il y a Heidegger sous Johannes Scheffler Angelus Syllesius.

Á l’ami  il est demandé, enjoint, de se rendre au delà de la lisibilité. Devenir soi comme devenir Dieu ou rien. Voila qui paraît impossible. S’engager dans le post-scriptum c’est s’engager dans l’expérience, c’est ex-ister. sortir de soi. C’est donc l’éradication de tout prédicat, c’est la traversé du désert (en hébreu le mot désert midbar cache le mot parole Dabar et que la traversé du désert signifie la traversée de la parole. Le désert - l’océan sans rivage du deuxième verset – c’est le lieu qui n’a pas de passage tracé, pas de route, tout au plus  des pistes, les chemins ne sont pas encore frayés à moins que le sable ne les aie déjà recouvert.

Dernier tout par le tétragramme, l’imprononçable. Quatre lettres qui ne sont que trois l’une, hé, étant redoublé. Yod hé vav hé. Leur prononciation est interdite à la lecture C’est avec Moshe (Moïse) que cette aventure prend son essor. Un prophète (N’oublions pas que chez Spinoza Dieu n’existe que par ce qu’il y a des prophètes pour parler de lui (Chapitre 1 et 2 du Traité théologico-politique (Tractatus theologicopoliticus). Un prophète bègue la tradition montre que les lettres de Moshe sont une version en miroir de Ha shem. Bégaye t-il d’être le nom inversé ? Moshe eut à faire avec le nom sous une variante que marque Eyeh asher eyeh. L’hébreu reprend la forme de notre modèle. Ici le verbe s’affirme comme fondée sur lui même. Affirmation pure de l’être étant sans autre origine que lui même. Cela commence aussi par une duplication. Exode 3, 4  vayomer moshe moshe vayomer hinéni. En plus d’être bègue Moïse serait–il sourd ? Devant l’énormité de la demande, sortir le peuple d’Egypte Moïse est modeste : mais qui je suis pour cela ? Puis il demande au nom de qui il doit annoncer cette nouvelle. Là Dieu révèle son nom en forme de duplication miroir. Moïse n’est pas convaincu cela ressemble trop à la réponse de l’interlocuteur invisible derrière la porte qui répond c’est moi. Un nom qui nomme l’anonyme.

Ultime réponse renvoyant à la première question : qui suis-je ? Qui a donné une bouche à l’homme ? Ex 4, 11. Un qui pour un qui un yod pour un yod. Qui est le sujet de la voix ? Voilà l’enjeu du débat, un berger plutôt surprit devant un buisson dont le nom du nom est l’envers de son nom.

 Eyeh ashe eyeh

Aleph hè yod hè – aleph shin resh – aleph hé yod hé.

Les trois termes commence par aleph et comme si cela était une équation mathématique que reste t-il si nous enlevons le terme commun aleph?

 hè yod hè – shin resh - hé yod hé.
Eyeh shir eyeh 

Soit entre les deux ailes de l’Être, shir le chanteur.

"Be" Barnett Newman


Enregistrement de la présentation de Raphaël Prudencio. 

Á lire :

Dominique Bertrand : Diabolus in musica.

Maurice Blanchot : Entretien infini

Jacques Derrida : Sauf le nom

A-dieu à Emanuel Levinas

Voile

Juda Halévy : Le Kuzari

Martin Heidegger : Essais et conférence.

Levinas : De Dieu qui vient à l’idée

Du Sacré au Saint

L’au-delà du verset – lectures et discours talmudiques

De Dieu qui vient à l’idée

Quatre lectures talmudiques

Nouvelles lectures talmudiques

Benny Lévy : Le logos et la lettre

Lévinas, Dieu et la philosophie

Maïmonide : Le guide des égarés

Henri Meschonic : Les Noms

Au commencement

Et il a appelé

Charles Mopsik : Les grands textes de la cabale

Jean Luc Nany : La Déclosion

Au ciel et sur la terre : Petite conférence sur Dieu

Valére Novarina : Le discours aux animaux

Je suis

La chair de l’homme

Devant la parole

Marc Alain Ouaknin : Concerto pour quatre consonnes sans voyelles.

Daniel Sibony : Les noms de Dieu

Baruch Spinoza : Le traité théologico-politique

Précis de grammaire hébraïque

Georges Steiner : Introduction à la bible hébraïque

Franz Rosenzweig : L’écriture, le verbe et autres essais

 L’article Dieu dans le dictionnaire des Intraduisibles dirigé par Babara Cassin

L’article Dieu dans le dictionnaire historique de la langue française dirigé par Alain Rey.

   
Tag(s) : #Textes des cafés-philo

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