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« Opérer une décomposition [de l'œuvre] qui en fera apparaître clairement l'hétérogénéité matérielle ou essentielle ».

Aby Warburg

« Le beau n’est que le seuil du terrible que nous pouvons supporter »

Après Rilke comment ne pas rappeler que tout l’édifice de l’art occidental s’est bâti dès l’origine sur la scène d’un meurtre, d’un crime ou si l’on veut, d’un sacrifice rituel. Œdipe qui tue son père, Caïn qui tue son frère, Abraham qui veut tuer son fils, jusqu’au Christ qui s’offre en sacrifice à la totalité du genre humain.

Autre domaine. Platon dans la République (IV 439 e et s) raconte que Léontios fils d’Aglaïon, son disciple longe la paroi extérieure du mur de la cité, qu’il aperçoit un tas de cadavres, les cadavres étaient empilés à l’extérieur de la cité, empilés près du bourreau, il éprouva à la fois, dit-il un vif désir de les voir, une répugnance qui le pousse à se détourner. Il se couvre le visage de ses mains, dit Platon, il ouvre grand les yeux et il court vers les cadavres…

« À la fin, maîtrisé par le désir, il ouvrit de grands yeux et courant vers les cadavres : "Voilà pour vous, mauvais génies, emplissez-vous de ce beau spectacle !" ». Ainsi l’âme vaincue par la fascination du spectacle, réfléchissant inconsciemment sur le corps des suppliciés le secret de son propre écartèlement.

Au début de l’ère chrétienne, Tertulien dans ses écrits sur les spectacles analysera de nouveau le mélange de fascination et d’horreur que le spectacle de la mort provoque en l’homme.

« À l'aspect du cadavre d'un homme qu'a enlevé une mort naturelle, il frémit d'horreur ; dans l'amphithéâtre, il repaît avidement ses yeux du spectacle d'un corps déchiré, mis en pièces et nageant dans son sang. 

»

L’homme de son temps, comme du nôtre condamne la violence et la souffrance, mais c’est pour mieux s‘en repaître quand il les voit en spectacle, à la télévision comme autre fois dans les jeux du cirque antique.

Que peut l’art ? Peut-on dire, dans ce balancement incessant. Précisément nous faire accepter l’horreur et nous en rappeler sa présence, il sert à nous la faire considérer sans pour cela trahir notre devoir moral, humaniste envers autrui.

Lorsque Delacroix découvre ce tableau de Géricault, qui sert d’affiche à l’exposition, il a ces mots ;

« Ce fragment est vraiment sublime, il prouve plus que jamais qu’il n’y a pas de serpent, de monstres odieux qui ne puissent plaire aux yeux ».


Lire la suite de l'article sur: La peinture pense.➜

Tag(s) : #accordphilo

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