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Il n’y a rien de pire pour une idée que d’être arrêtée.

 Thomas Couture

Thomas Couture. Les romains de la décadence, 1847. Musée d'Orsay.

 

Académie nous dit le dictionnaire historique d’Alain Rey, est emprunté à l’italien accadémia lui même repris au grec Akademeia, désignant les jardins d’un riche citoyen grec, Akademos où Platon donna son enseignement, près d’Athènes. Par suite le mot désigne l’école de philosophie platoniciennne. 

Pendant tout le moyen âge, tant que règne une répartition indiscuté entre le sacré et le profane, il y a opposition entre les clercs et les non clercs c’est-à-dire entre le latin et les langues vulgaires, les langues du peuple. Cette langue profane est la langue des chansons de geste, des romans arthuriens, des fabliaux, des romans allégoriques de la poésie des troubadours et des trouvères. Seule exception, les Mystères qui sont sacré dans la langue vulgaire. L’humanisme trouble cette répartition stable, il trouble la paix des langues. Il trouble à l’intérieur même du latin la distinction entre le sacré et le profane. L’histoire de la langue française commence avec Charles V qui crée la Bibliothèque royale, commandite les traductions d’Aristote à partir du latin, le français acquiert un lexique philosophique, juridique, politique. Ainsi l’humanisme accentue d’abord le monopole du latin, avant de déclencher une rivalité entre celui-ci et la langue profane, pour en faire aussi la langue du savoir. L’érudition athéologique devient officielle avec l’institution des lecteurs royaux par François I er, en 1530, le futur Collège royal.

Richelieu crée L’Académie Française. Tout est là maintenant pour éliminer l’ancienne langue, éliminer la pluralité des français, éliminer le langage populaire, éliminer l’esprit populaire. Ainsi le pouvoir, le savoir et leur rhétorique, ont établi les conditions pour l’avénement d’une idée de la langue française que la grandeur du siècle va identifier à sa grandeur. L’amalgame politique essentiellement réactionnel recevra sa mythologisation grammaticale. Ce mythe s’appelle le génie de la langue française. Du réactionnel au réactionnaire c’est une superbe construction. Ainsi créé en 1635, l’Académie devient selon le vœu de son fondateur, un moyen d’intervention de l’Etat dans le domaine de la langue: «personnifiant l’idée de la règle, elle la consacrait et devait par conséquent l’imposer tôt ou tard aux esprits comme une loi d’état» Ferdinand Brunot «Histoire de la langue française».

L’Académie Royale de Peinture et de Sculpture fut fondée en France en 1648, sous la régence d’Anne d’Autriche, à l’instigation d’un groupe de peintres et de sculpteurs, dont faisaient partie Philippe de Champaigne, Charles Le Brun, dans le but de contrecarrer l’influence des guildes de Saint-Luc et d’élever le statut des artistes qui n’était pas distinct de celui des artisans.

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Le Brun Charles (1619-1690), Le Chancelier Séguier. Musée du Louvre.

L’Académie eut en fait peu de pouvoir jusqu’à ce que Colbert y vît un moyen de mettre les artistes au service et sous le contrôle de l’État, et qu’il en devînt le parrain. Il en fut nommé vice protecteur en 1663 et Charles Le Brun, son peintre préféré, directeur. En parallèle fut créée l’Académie de France à Rome en 1666. Jacques-Louis David, bien qu’il en fût membre, s’était toujours rebellé contre l’autorité de l’Académie et les privilèges de ses membres. Il en obtint la dissolution en 1793 après un discours à la Convention nationale en août. Elle fut remplacée l’année suivante par l’Institut qui fut lui-même remplacé à la Restauration par l’Académie des Beaux-Arts, et finalement appelé Institut de France.

L'académie avait formé le projet d'exposer annuellement les œuvres de ses membres. En 1665, la première exposition reste confidentielle. À partir de 1667, l’Académie expose les tableaux des candidats au Prix de Rome. En 1673, il est décidé d'exposer les œuvres dans la cour du Palais Royal. En 1699, Louis XIV autorise la manifestation à se tenir dans la Grande Galerie du Louvre, avec pour la première fois un catalogue officiel dressé par Florent Le Comte. En 1725, l'exposition a lieu pour la première fois dans le Salon Carré du Louvre, mais la fréquence des manifestations ne devient plus régulière qu'à partir de 1737. Le Salon va bientôt attirer un très grand nombre de visiteurs, et acquérir une réputation internationale dans le milieu des amateurs d'art. En 1759, Denis Diderot rédige un premier compte-rendu du Salon pour la Correspondance Littéraire, de Grimm.

 

Une avant-garde est un groupe d'unités destiné à se déplacer devant l'armée pour :

explorer le terrain afin d'éviter les surprises (embuscade ou bataille de rencontre),

occuper rapidement les positions fortes du champ de bataille (points hauts, retranchements, ponts, constructions),

faire écran et contenir l'ennemi le temps que l'armée puisse se déployer,

harceler un adversaire en repli ou le détruire s'il est en déroute.

Le terme avant-garde désigne, depuis le XIX e siècle, des personnes qui entreprennent des actions nouvelles ou expérimentales, en particulier dans les arts et la culture. 

 

L'avant-garde se veut l'opposé exact de l'académisme. En art, quelques artistes avant-gardistes refusent toutes affiliations avec leurs prédécesseurs et se placent donc en porte à faux en refusant tout art antérieur. Le terme est souvent utilisé à propos d'artistes qui seraient en avance sur leur époque. Selon l'avant-garde, la valeur d'une œuvre se confond avec son caractère inouï, en avance sur son temps. Il n'y a pas un modèle éternel du Beau, l'artiste se doit de concentrer dans sa production l'essence de la modernité, encore en gestation, de rompre avec les conceptions artisanales de l'art, avec le culte de la nature et le réalisme de l'art figuratif. Sous une forme moins directement liée à l'idée d'une mission historique de l'artiste, l'avant-gardisme renvoie à une conception individualiste de la création. Tout peut devenir art, si l'artiste le décide, l'artiste étant libéré de tout stéréotype social ou esthétique. 

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 Kandinsky Vassily. Gelb-Rot-Blau, 1925, Collection Centre Pompidou..
« S'il faut en finir avec l'art figuratif, s'il faut cesser d'imiter la nature, c'est pour être enfin pleinement en mesure d'exprimer la subjectivité »,  propos de Kandinsky. L'avant-garde oscille entre une conception, fonctionnelle ou ludique, de l'art comme partie prenante du monde industriel ou post-moderne, et une radicalité provocante, choquante, et pas seulement à l'égard du passé.


On sait depuis le vieil Esope que les mots ne sont pas innocents. Á plus fort raison les mots qui ont valeur de concepts, il n’est pas de discipline qui ne doit surveiller les siens, à les remettre en causse, plus que toute autre l’histoire. L’histoire de l’art use couramment de termes formés au long des années au hasard des auteurs et des textes. Il n’est pas indifférents qu’un monument soit déclaré «gothique» ou «baroque», une peinture «classique» ou «romantique», un meuble «régence» ou «modern style», ces mots suffisent d’emblée à donner une première identité et à préparer le regard. Conventions commodes. 

Mais sommes nos bien sûr que ces conventions ne sortent jamais de leur rôle modeste de conventions? Héritiers des philosophes médiévaux, ne finissons-nous pas par discuter sur les concepts et non sur les œuvres, par croire les catégories de l’historien plus réelles que les créations de l’artiste? Que valent ces concepts?

Rien ne semble mieux établi, de plus indispensable de plus souple que les termes de «roman» et de «gothique», leur parenté avec «romain» et «goth» n’est plus sentie, ils appartiennent en propre à l’histoire. Cependant, il se trouve que leur usage s’est fixé à propos de réflexion sur l’architecture. Or ils sont également appliqués à l’ensemble du bâtiment et de son décor, aussi à la sculpture et l’enluminure. Ainsi des repères chronologiques sont fixés d’avance. Est-il assuré que d’autres divisions n’eussent pas conduits à d’autre schéma, à d’autres jugements? L’étiquette placée par l’historien modifie non seulement le classement, mais la perception. Sont-ils vraiment imposés par l’analyse conjointe des œuvres et des faits ou se sont-ils accrédités au hasard des travaux de l’autorité de quelques maitres?

Imaginons que le Moyen-Age ait été connu par la miniature et non par l’architecture. Qui eût songé à le diviser en «roman» et en «gothique». Vasari, peintre, partant de l’art italien est reconnu pour sa bonne connaissance des «primitifs». Si l’art du XVII e siècle avait été étudié d’abord à partir de l’architecture et non de la peinture et de la sculpture eût-on pensé à opposer «baroque» et «classicisme», qui n’a pu s’étendre aux églises et aux châteaux français de façon satisfaisante.

L’historien de l’art est contraint d’introduire le concept sous peine de tomber dans l’inventaire géographique ou chronologique, ou pire dans la convention alphabétique du dictionnaire.

Après tout cette contingence n’est pas si grave, on ne songe pas à s’en inquiéter pour la littérature, où le concept peut affecter la lecture, mais non l’existence de l’œuvre. Il n’en est pas de même pour les arts visuels, chez eux la sauvegarde de l’œuvre dépend souvent du jugement porté sur elle. Le concept commandant les hiérarchies est capable de détruire aussi bien que de sauver. Seule la renommée peut protéger et sauver. Or cette renommée dépend du jugement, et ce jugement dépend en grande part des catégories. Des affaires aussi éclatantes que la destruction des halles de Baltard, puis aujourd’hui de la destruction des constructions de Willerval  nous avertissent de la gravité des menaces. On défend efficacement ce qui est déjà apprécié.

 

Reste une évidence, comme la majorité des termes qui se sont accrédités; «gothique», «maniérisme», «baroque», «rocaille», «rococo» et même «impressionnisme», le mot de « académique» fut au départ péjoratif. Il l’est toujours aujourd’hui. Le mot sort des ateliers pour apparaître dans la presse. D’attaque en riposte, a fini par ce constituer une sorte de couple inégal qui va dominer la réflexion artistique de toute une époque, l’ «académisme», «avant garde». Du coté des académiques, étrange paradoxe, la raideur officielle, l’expression figée, mais aussi la sécurité et la tradition; de l’autre la flamme, la est le paradoxe, de l’enthousiasme, la hardiesse de la recherche, mais aussi les dangers de l’aventure, la destruction irréfléchie. Après la guerre de 1914, de 1918 à 1968 (1968 marque la fin du prix de Rome, dont le dernier lauréat sera Michel Joël Henri Froment) apparait le règne successif des éphémères «avant-gardes», l’anathème imaginé d’académie va servir à écraser les restes de la peinture narrative et décorative. 

Dans une perspective marxisante, l’échec d’un art ne saurait traduire que l’usure d’une classe. Certes, les propos sur l’art de Marx et d’Engels, la présence du «réalisme socialiste» et l’organisation académique des pays marxistes ne facilite guère l’application de ce principe au couple «académie» «avant-garde», pourtant «l’art académique» renvoie nécessairement aux institutions officielles, «le salon», donc au capitalisme et à la bourgeoisie, et l’avant-garde aux forces révolutionnaires.

Dans les années 1980, la culture1, devenait le bien fait absolu pour la société française. Il y eut une métamorphose individuelle et collective de cette société, à travers l’identification culturelle. Cette société qui avait son frigidaire, sa voiture, qui avait tout, avait une chose qui lui manquait, des tableaux aux murs. Il y eut une fièvre d’appropriation, qui dure toujours. C’est que depuis l’idée de l’art contemporain, l’idée de l’œuvre d’art, n’est plus une bataille, c’est une gestion. Comment dans un minimum de temps arriver à organiser un artiste. Il y a des règles, il y a des systèmes de codification pour faire un bon artiste contemporain, nous sommes passé à la même époque de l’artiste d’avant garde à l’artiste contemporain. Il y a des règles pour l’organisation des débuts de sa carrière. Les musées s’étant substitué aux galeries, puisqu’aujourd’hui on commence une carrière au musée ou par un centre d’art contemporain, ce n’est plus par une galerie. Puis il y a la galerie, le critique d’art, chacun étant à sa place. Puis il y a un vaste réseau organisé, codifié, qui assure dans un minimum de temps l’identification de l’artiste et de ses œuvres. 

C’est-à-dire que la question centrale, la question de l’expérimentation, la question de l’invisible, de l’inouï, la question du sens, sont des questions qui ont été liquidées, au profit de l’échangeabilité la plus simple et la plus rapide de tous les éléments qui constituent cette espèce d’ensemble flou qui s’appelle l’art. 

Ne faut-il pas se poser la question  par rapport à cet impérialisme de l’adhésion. L’adhésion est devenue le principe même de toutes les économies individuelles ou collectives.

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Lavier Bertrand (né en 1949), Brandt sur Haffner, 1984, Collection Centre Pompidou.
Par ailleurs, quand au discours critique, il est évident que le pouvoir des destinataires est tel aujourd’hui que c’est lui qui tient autant le stylo que les pinceaux. L’art était art parce qu’il était conçu en temps qu’expérimentation, n’avait pas de destinataire désigné, l’artiste commettait une expérimentation et puis tel ou tel dans la société s’instituait lui même par auto proclamation, le destinataire. Il n’y a pas de public pour l’art, c’est ce qui peut lui arriver de mieux. Aujourd’hui ce sont les destinataires qui font l’art, ce ne sont plus les artistes, les artistes sont tous en position de  commandite vis à vis d’un pouvoir financier, idéologique, qui en tant que destinataire réclame un certain type de conformité avec une idée qu’il se propose de reconnaître comme étant de l’art, par exemple une cuisinière sur un frigo, est de l’art, s’il est dans le champ de ce type de relation entre les objets, de relation à l’espace, de relation au «ready made».

La langue a dissipé les mots, il n’y plus ni académie ni avant garde.

 

(1) c’est à ce moment que le mort art disparait pour devenir culture.

Tag(s) : #Textes des cafés-philo

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