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L’amour, mythes et réalités.
Parler d’amour en un temps si court est pour moi une déchirure, ce qui d’ailleurs convient fort bien au thème. C’est donc contraint par notre tradition, en accord avec cette conception de Willy PASINI sur le discours d’introduction, comme quoi celui-ci’  ressemble à une minijupe. Il doit être suffisamment long pour couvrir le « sujet », mais assez court pour le rendre intéressant. » Que j’aie opté pour une approche dont la seule rigueur est celle de mon parti pris simplement étayé par quelques fondamentaux psychanalitiques. Je partirai donc du constat suivant, et tenterai d’en approcher l’éventuelle réalité, qu’une personne n’ayant pas ou mal connu l’amour dans son enfance, fait généralement un piètre amoureux adulte. Cependant, il ne faut pas voir dans cet état de fait une fatalité, un destin tout tracé, car cela serait faire fi de la capacité résiliente de chacun, consistant justement en cet apprentissage tardif.
Mais commençons par tenter de dissocier le mythe de la réalité. Il m’arriva plusieurs fois aux cours de nos assemblées, ou autres, de poser ce genre de question :’  Se penser amoureux, peut-être ? Mais comment faire la part entre le culturel, le biologique, notre histoire, et l’authenticité d’un sentiment que l’on voudrait pur, mais qui résulte immanquablement de ces contingences et nécessités ? » En d’autres termes, de savoir si ces adjuvants frelatent l’amour, en altèrent la pureté, en salissent l’idéal, ou bien si cette savante miction crée ce que nous reconnaissons de son attrait. Ainsi, pour réponse à ma question, apparemment impie aux yeux de certains, comme si d’introduire en l’amour des éléments pragmatiques fut une obscénité, alors que beaucoup d’entre nous aimerions de fait nous y consacrer avec plus d’assiduité, donc, pour réponse semble se dessiner deux camps. De manière un peu caricaturale nous aurions d’un côté les hommes, certains perplexes, on reconnaît là le philosophe, le cogito en alerte, ou d’autres, prêts à se lancer dans de grands discours aux consonances d’absolu, c’est toujours le philosophe, mais séducteur cette fois et, sur l’autre versant, les femmes. Ici pas de philosophie, on touche au fondamental, la réponse ne souffre pas l’ombre d’un doute :’  lorsqu’on aime, on le sait, on le sent ! » rien à redire, la discussion est close. Bien entendu, si élevées soient nos assemblées, elles n’ont justement pas valeur statistique.
Néanmoins, et outre nos ressentis toujours discutables, il me semble que cette affirmation.
Claque à nos mâles oreilles sous la forme d’une évidence que même la mauvaise fois nous contraint d’accepter, en privé s’entend. N’empêche, bien qu’apparemment nous parlions tous de la même chose, cela nous permet juste d’envisager que les femmes soient plus douées que les hommes concernant l’amour. Je parle bien évidemment du sentiment, ce qui nous renvoie à sa genèse, l’amour maternel, et la nécessité de genre qu’ont les mères d’en détenir le pouvoir. Aussi, lorsque l’on dit pour raison de certaines incapacités relationnelles ne pas avoir, ou mal connu l’amour dans son enfance, il s’agit bien évidemment de celui de maman, ou de qui en détient la fonction. Nous pourrions ainsi considérer l’amour romantique comme étant un symptôme de la maternité et non l’inverse comme il d’usage. Cependant, prétendre cela demande malgré tout un supplément d’enquête.
Au début donc, maman, grâce à son amour bienveillant et maternel, permet au fiston encore babillant de découvrir le monde. Ainsi, enveloppé de cette sécurité tout autant matérielle qu’affective il pourra alors partir à la conquête de son autonomie et se diriger d’un pas guilleret, quoique chancelant, vers ce à quoi tend la vie dans son ensemble, se reproduire, et peut-être encore de manière un peu chancelante. Cela revient à dire que, si tout s’est bien passé l’amour de maman, en cela aidé par la présence du père, symbolique et réel invite son rejeton à découvrir ce même amour par lui-même, la vie en somme. Ainsi peut-on considérer le sentiment maternel comme étant l’origine de ce qui nous permettra d’avancer, vers d’autres amours, bien entendu, puisque celui-ci est déjà pris par papa. Il n’est donc pas étonnant que notre pulsion de vie, éveillée de si belle manière soit aussi appelée Eros et j’évoquerai ce que je considère comme sa manifestation première, la créativité, c’est-à-dire notre capacité de relier un événement à un sentiment. L’amour dit romantique viendrait donc de notre faculté d’harmoniser notre pulsion de vie, éveillée par maman avec la réalité de nos contraintes. Autrement dit, mieux se sera passé l’apprentissage plus nous saurions donner à notre sentiment la forme qui nous arrange, nous permettant ainsi, sans trop de risque, d’entrer dans le fantasme.
Mais continuons l’enquête et allons voir du côté de certains aphorismes dont les fondements me semblent particulièrement judicieux. Tout d’abord, celui-ci, de CIORAN :’  Les sentiments puissent leur absolu dans la misère des glandes. » Entendons par là, quoique la glande soit sourde à l’entendement celle de la plénitude. Chacun interprétera cela à sa façon, et qu’en matière de glande de plénitude tout débordement, surtout inconséquent soit à propos. Or, il n’est pas besoin d’être endocrinologue pour constater que, comme chez beaucoup, certains de nos organes sécréteurs de plénitude sont misérables, et de situer alors notre désir, parfois amour, du côté d’un manque à combler. De confirmer cela, il est tout de même assez rare de croiser quelqu’un qui nous donne de lui ledit sentiment de plénitude, rassurant au demeurant.
Partant, l’on peut s’interroger pour savoir si cet amour dont maman eut la charge d’éveil ne fut pas quelque peu frelaté de par sa propre histoire de femme et d’enfant, et de celle de nos contemporains, tous, toutes confrontés au manque, au défaut de plénitude et, par conséquent connaissant aussi l’infortune de la petite glande. D’étayer cela, comme quoi même l’amour maternel fut impur, disons dégradé par un ajout de cochonneries dites contingentes, ainsi que l’amour romantique, et dans un premier temps à la manière de CIORAN, c’est-à-dire d’une intuition si forte que seule la provocation peut la restituer en ce qu’elle blesse, déchire, empale notre mythe, notre croyance, et de dire que même la glande mammaire qui distillat l’amour originel pu être contaminée par celle de la frustration. Ainsi, je me demande pourquoi c’est la trilogie quasi pléonastique, poète, romantique, frustré qui évoque avec le plus d’emphase, pour ainsi dire dans les affres de la douleur ou de profonds délire enfiévrés, cette chose a priori naturelle, instinctive, que serait le transport amoureux et, surtout, pourquoi une telle audience, comme si l’on invoquait le sublime, l’inaccessible, le fantasme primitif dont on ne pu saisir la substance, cette chose en nous qui ne fut jamais totalement éveillée et que l’on pressent dans quelque recoin d’un gène endormi. Bien sûr, l’on peut penser que l’ayant connu (avec maman) puis perdu, l’on ai assez de mots pour tenter de se rapprocher de ce qui n’est plus qu’un lointain mirage. Au fond, il est plus facile de décrire une illusion et même de la transformer en réalité, que de s’approcher d’un réel à jamais inatteignable qui selon notre mythe porte en lui la notion d’absolu. Peut-être est-ce en cela que la perfection n’existe pas, chez les mères comme en chacun, dans notre incapacité à « véritablement » aimer, c’est-à-dire l’autre. Pour autant, ce n’est pas de se passer de l’adjectif « véritable » qu’aimer n’existe pas. Le terme véritable remplaçant ici l’inatteignable contenu dans la poésie, le romantisme et le manque liée à toute frustration. La sagesse populaire, relayant en ça les travaux du psychanalyste John BOWLBY, nous enseigne que pour grandir normalement un enfant ne peut se passer du lien affectif qui l’unit à ses figures d’attachement. Autrement dit, l’instinct de reproduction, dont sont porteuses les femmes et victimes les hommes ne peut se passer d’une forme d’amour même impure que l’on qualifie de maternelle. D’ailleurs on peut en concevoir la réalité dans le fait qu’il soit peut traité par le poète seulement préoccupé de son mirage. Comme si de se passer du mot véritable supposait une forme d’amour illusoire, une sorte de pale copie de l’idéal, un faux en somme. Ceci étant, afin de réhabiliter le copiste, c’est-à-dire nous autres, ne sachant tenir pour « véritable » que ce que nous en propose le poète, et d’oser que le vrai ne soit pas nécessairement ce qui importe, je pense à cette histoire voulant que SHAKESPEARE eût un frère jumeau ignoré de tous et que ce soit ce dernier qui ait écrit l’œuvre du grand SHAKESPEARE que nous croyions connaître et qui ne serait donc qu’un usurpateur. Par conséquent, le génie appartiendrait à SHAKESPEARE 2 et non pas à SHAKESPEARE 1, bien que nous ne soyons pas surs des chiffres. Être ou ne pas Etre…. Ainsi notre petit amour, fondé sur le manque, sur le désir de remplissage de notre misérable glande peut très bien vivre à l’ombre de l’ouvrageur, c’est-à-dire du « véritable » ans pour autant être à l’abri de certains coups de chaleur. Aussi, lorsque CIORAN écrit’  Dans un monde sans poésie, les rossignols se mettraient à roter » lui aussi participe à l’entretien de notre vide endocrinien. Le mirage et beau, mais l’amour n’a pas besoin du poète et le rossignol se passe très bien de poésie, comme s’il était question de faire monter la sauce pour relever un produit de médiocre qualité. D’ailleurs, pour parenthèse, il est des sauces si bien montées, si émulsionnées, qu’il nous faut bien en renvoyer l’air à l’extérieur et je ne parle pas des funeste conséquences de leur digestion dont la nuit nos compagnes exècrent. Donc, ami des muses, bonsoir !
Continuons au rayon des aphorismes bien sentis ; il me semble difficile, si j’ose dire, de sauter LACAN qui pénétra la chose en profondeur par le suivant : «  L’amour c’est donner ce que l’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » Ainsi la première partie de cette affirmation « donner ce que l’on n’a pas » signifie que nous projetons vers l’autre notre fantasme d’un amour idéal correspondant à ce que nous ont donné nos figure d’attachement mais aussi et surtout, à ce qu’elles n’ont pu nous offrir de par leur imperfection, le frelatage du lait. Ainsi l’on pense trouver en une nouvelle forme de sensualité ce à quoi n’avions pas accès en nos jeunes années. En fait nous reconnaissons l’autre, plus ou moins à propos comme le seul à même de combler un manque qu’il vient de remettre en évidence. Sa présence devient vitale, car nous lui attribuons alors le pouvoir de régénérer notre représentation d’un amour absolu, c’est-à-dire à la fois tendre et sensuel. Seul le réel inatteignable de notre amoureux, notre éducation et les tabous qui en découlent permettent de faire barrage à notre folie et ainsi créer de nouveaux manques permettant d’entretenir le fantasme, c’est-à-dire le désir. Par conséquent, ce que l’on « donne », et que le poète nomme amour, est en fait l’énorme espoir que l’autre entre et se fonde dans le rêve dont nous l’enveloppons. Concernant la deuxième partie, « quelqu’un qui n’en veut pas » il s’agit de la même logique. Chacun est dans sa représentation de l’autre, et ce qu’il souhaite recevoir ce n’est pas le fantasme d’en face, mais une réponse au sien. L’amour romantique, s’il fonctionne est donc la complémentarité des illusions « donner ce que l’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas.
LACAN parle aussi de l’amour de cette manière’  C’est l’amour du signifiant » sacré LACAN ! Le signifiant, donc, c’est quelque chose, n’importe quoi, qui comme son nom l’indique signifie. C’est-à-dire un morceau de réel que l’on interprète grâce à des émotions nous renvoyant à un vécu antérieur. Donc lorsque je tombe en pamoison devant la danse de cette adorable femelle de mon espèce, cela signifie que je l’ai trouvée fortement signifiante, que pleins de détails reliés entre eux allant de l’imperceptible au volumineux, du moins chez certaines, je les ai analysés, consciemment ou non comme une promesse de bonheur. Bien sûr, si je lui dit « T’as de beaux signifiants tu sais »,   il y a peu de chances que sa réponse soit à la hauteur de mes espoirs. Pourtant, si l’un et l’autre nous sommes arrêtés au lieu de simplement nous croiser, c’est qu’une multitude de signes nous ont signifié des possibles retrouvailles avec l’idée d’un bonheur oublié, aujourd’hui fantasmé, et dont la trace en forme de désir inassouvi subsiste en nous. Ainsi pourrait-on compléter la première proposition et dire que l’amour est une illusion entretenue par la recherche de signes extérieurs de richesses, en somme, un truc de parvenu qui tente de masquer son intime misère. D’ailleurs, en parlant d’intime misère, et ainsi du pendant de l’amour que je n’ai plus le temps d’évoquer, la haine, au risque que la minijupe ne se transforme en noir et grossière sortie de bain, ou de douche, froide bien entendu, sinon de retourner du côté de la psychanalyse et du processus de deuil qu’implique la perte de l’être aimé, la haine étant alors un moyen de s’accrocher au fantasme à jamais irrésolu, ne me vient que cette proposition de BREL que beaucoup auront éprouvé «  Qu’il est plus humiliant d’être suivi que suivant » A chacun d’habiller cela de haine ou d’une saine résignation, Ou de réussir à déplacer le fantasme en de nouveaux désirs de déshabillage.
Pour finir, il me semble tout de même important de dire que la psychologie évolutionniste, en cela aidée par les neuro sciences a démontré le caractère universel de cet affect que notre culture qualifie d’amour romantique, en ce qu’il correspond à la stratégie adaptative de notre espèce lui permettant de se reproduire et ce quel que soit le type d’attachement préconisé, monogame ou non. De plus, d’un point de vue purement biologique, l’humain est ainsi fait qu’on peut le considérer génétiquement programmé pour la passion. Comme je sais des gens qui aiment désacraliser leur amour afin d’en renouveler le fantasme prémaché par le poète ; je citerai donc pour mémoire les phéromones, l’ocytocine, la dopamine, les endorphines, les stéroïdes sexuels, œstrogènes et testostérones, la noradrénaline, la sérotonine, etc., qui tous sont impliqués plus ou moins directement afin que notre destinée emprunte au moins l’un des nombreux chemins de l’amour que notre culture et notre histoire personnelle auront tracé pour nous. Toutefois,attention, car ce genre, d ‘études, dont sont friands les Américains, fondées sur une idéologie cognitiviste, pour avérées qu’elle soient ne sont pas en mesure de rendre compte de nos particularismes qui peuvent certes s’inscrire dans un cadre général, disons un certain type de structure, mais ne rien dire de notre propre histoire, d’amour en l’occurrence, sinon qu’il est un sentiment commun à notre espèce, et à d’autres aussi d’ailleurs. Par contre, cela nous permettra de tranquillement démonter cette thèse ayant connu quelque audience voulant que l’amour, tant maternel que romantique, soit le fait d’une construction culturelle moderne, et de dire qu’il fut plutôt victime par le passé d’une volonté de déconstruction auquel, à mon avis, l’église n’est pas étrangère, et qu’il n’est pas besoin d’être grand clerc pour constater que les religions tentent toutes de canaliser notre nécessité d’amour à leur profit. L’amour rend libre, incontrôlable, il est subversif, et même anti-social, quel pouvoir pourrait tolérer cela, sinon de devenir le noyau qui capte cette énergie pulsionnelle.
En guise de conclusion, si mon propos parut à juste titre être la volonté de parler d’amour en tant qu’une mécanique complexe et non pas d’un machin plus ou moins divin qui nous tomberait dessus en droite ligne du ciel, le septième, bien entendu, c’est que d’en identifier quelques rouages et emboîtements peut éventuellement nous donner les moyens d’une meilleure lubrification de ceci, même si quelques gestes en ce en nous sont connus. Partant, si l’on considère l’amour (pour ainsi dire notre pulsion de vie) l’Eros qui nous domine comme étant la source de créativité à laquelle nous puisons la force d’accomplir ceux des mouvements qui donnent de l’ampleur à notre existence, de commencer à les identifier, de peut-être les rendre moins brouillons, de s’interroger sur l’amour, nos amours, d’en défoncer les apparences ou même de les frelater un peu plus afin de leur donner meilleur goût, cela me semble être la première approche pour tenter de répondre à ces éternelles questions, «  Qui suis-je, ou vais-je et dans quel état j’erre ? » Autrement dit, de ne pas se résoudre à l’emplacement que nous avait réservé le destin ou bien, de s’y vautrer sans vergogne…. Et d’en jouir ! Peut-être…..
Gilles Guillemard

Illustration "Eros" Epreuve cibachrome contrecollée sur alluminiumm
Auteur :Rousse Georges
L'amour : mythes ou réalités.
« Il faut aimer n'importe qui, n'importe quoi, n'importe comment, pourvu qu'on aime. » Alexandre Dumas Fils.
C'est incontestablement autour de la question de I'amour que Ie conflit entre les réalistes et les idéalistes est Ie plus passionne. Les premiers tendent à réduire l’amour à un mythe qui sert les desseins de la nature, tandis que les seconds voient dans l'amour la réalité la plus fondamentale de Ia vie. Schopenhauer incarne remarquablement Ie camp réaliste en réduisant l’amour à une manipulation de la nature pour pousser les individus à se reproduire.Les neurobiologistes d'aujourd'hui qui réduisent Ie sentiment amoureux à des réactions chimiques dans Ie cerveau sont d'une certaine façon Ies fils spirituels matérialistes du philosophe Allemand. Bergson est certainement Ie représentant Ie plus conséquent du camp idéaliste avec son idée de l'Elan vital comme élan d’Amour. Mais il est clair que les philosophes sont beaucoup plus nombreux dans Ie camp idéaliste que dans Ie camp réaliste...

La thèse que je propose de défendre refuse une telle alternative entre Ie mythe et la réalité à propos de l'amour. Le mystère insondable de l'amour c'est précisément de reIever à la fois du mythe et de la réalité. À ceux qui réduisent I'amour à une réaction chimique permettant la sécrétion de dopamine au même titre que la dégustation de chocolat, je demande comment ils expliquent Ie fait que l'intensité du plaisir sexuel est intimement lie à la force du sentiment de sympathie qu'on éprouve pour Ie conjoint? Par contre à ceux qui affirment la réalité objective de I'amour, je demande comment ils expliquent le fait qu'on puisse tomber éperdument amoureux d'un salaud ? Bref on pourrait multiplier à l'infini les exemples qui infirment toute réponse unilatéraIe à la question. Faut-il parler d'un amour réel quand on aime une personne pour Ies valeurs humaines qu'elle incarne et d'un amour illusoire quand on aime un séducteur sans scrupule qui nous promet la lune ?

En fait, l'amour est à la fois un mythe qui devient réalité et une réalité qui devient un mythe. C'est d'ailleurs un romancier et non un philosophe, à savoir Stendhal, qui d'après moi a su Ie mieux cerner ce caractère duel de l'amour. La notion stendhalienne de cristallisation constitue à cet égard une théorie absolument géniale. Comme Ia brindille qui devient cristal dans les mines de sel de Salzbourg, l'être aimé devient infiniment plus beau et meilleur qu'il n'est aux yeux de celui on de celle qui l'aime. À l'image de Julien Sorel et Mathilde de Reynal dans Le rouge et Ie noir, les héros romantiques se caractérisent tous par leur aptitude exceptionnelle à opérer de telles cristallisations émotionnelles. Parfois une telle aptitude devient pathologique et c'est le syndrome de Stendhal en référence à notre écrivain qui tombait toujours amoureux sans jamais s'attacher véritablement à une femme. Or, dans Ie cas de la cristallisation, c'est bien une sorte de mythe qui devient la réalité même de l’amour. Or, ce mythe fondamental de l'amour romantique c'est Ie mythe de l’amour pour l'amour qu’Augustin à énonce clairement pour la première fois avec son célèbre : « j’aimais aimer ». Le père de I'Eglise a ajouté dans ses Confessions qu'à chaque fois il aimait charnellement une femme" c’était Dieu qu’il aimait à travers elle. Sigmund Freud se souviendra de ce célèbre aveu quand il formulera sa théorie de Ia sublimation, une théorie qui soutien implicitement la confusion du mythe et de !a réalité dans I'amour. Pour Ie père de la psychanalyse la réalité de l’amour c'est Eros, mais ce dernier peut très bien se « mythifier » et prendre Ies apparences d'Agapè on de Philos. Mais n’oublions pas que, pour les Grecs l’Eros était bien plus que la simple pulsion sexuelle ; c’était le dieu cosmique de l’union des contraires qu'on peut mettre en relation avec Ie Tao des chinois qui engendre les pôles complémentaires du « Yin et du Yang ».
Jean-Luc Berlet.
Illustration :Psyché ranimée par le baiser de l'Amour
Canova Antoni
(café-philo du 10/01107 au Saint René).
 
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