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  1. «Je suis la voix qui crie dans le désert… » Jean, 1 :23
Le cri…c’est d’abord l’expression vitale basique de toute vie animale ! L’enfant crie à la naissance, mais est-ce un cri de joie ou un cri de désespoir? Pour le psychologue californien d’origine russe Janov, auteur du livre Le cri primal ce serait plutôt un cri de joie, sinon il n’y aurait pas de sens à préconiser le cri comme thérapie libératrice…Au contraire, pour le philosophe roumain Emil Cioran, le cri primal de l’enfant est un cri de désespoir ! C’est un fait indéniable que le cri a plutôt une connotation péjorative pour le sens commun, car l’être humain crie beaucoup plus souvent de douleur que de bonheur…Le cri de Munch ne donne pas vraiment envie de rire !
En ce jour de la saint Jean, j’ai pensé qu’il était approprié d’appuyer ma réflexion sur le cri sur un bref passage de l’Evangile de Jean qui évoque le cri de Jean-Baptiste dans le désert. Cette phrase « je suis la voix qui crie dans le désert » a été quasiment érigée en expression populaire pour déplorer la surdité spirituelle de la foule. Certes, Jean-Baptiste a prononcé cette phrase dans son sens littéral, lui le prophète qui s’est retiré dans le désert pour se préparer à la révélation promise. Mais, connaissant le destin funeste de Jean-Baptiste, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y avait déjà dans ce cri de Jean-Baptiste dans le désert le pressentiment de la terrible fatalité qui l’attendait. Le prophète n’a-t-il pas pour vocation d’annoncer ce qui doit advenir ? N’était-il pas paradoxal pour Jean-Baptiste de devoir annoncer la bonne nouvelle de la venue du Sauveur tout en pressentant son destin tragique ? 
A l’image d’Œdipe n’a-t-il pas précipité sa chute en cherchant à échappé à sa destinée funeste ? N’était-il pas prédestiné que son cri dans le désert trouverait son écho dans le cri de celui qu’on décapite ? En tout cas, Oscar Wilde n’est pas passé à côté de l’intérêt tragique de l’histoire de Jean-Baptiste qu’il a relaté dans sa pièce de théâtre qui porte le prénom funeste : Salomé…
A l’opposé de Jean-Baptiste pour ainsi dire, en philosophie le cri a ses lettres de noblesse à travers l’œuvre du Marquis de Sade. Comme l’a bien montré Roland Barthes, le cri est un fétiche dans l’œuvre de Sade. Ecoutons ce que nous en dit Barthes dans son livre Sade, Fourier, Loyola :
  1. « Le cri est la marque de la victime : c’est parce qu’elle choisit de crier, qu’elle se constitue victime ; si sous la même vexation elle en venait à jouir, elle cesserait d’être victime, se transformerait en libertin : crier/décharger, ce paradigme est le départ du choix, c’est-à-dire du sens sadien. » 
Dans les 120 Journées de Sodome Sade a même imaginé une sorte de casque permettant aux libertins de mieux d’entendre les cris de la victime torturée dans la pièce voisine. Il est même étonnant que Sade n’ait pas devancé Wilde dans un projet de pièce de théâtre sur la mort de Jean-Baptiste, tant le personnage de Salomé l’aurait fasciné…au point de lui arracher des cris !

Jean-Luc Berlet


 Lectures : Oscar Wilde, Salomé – Roland Barthes, Sade, Fourier, Loyola – Janov, Le cri primal
 Le cri… (café-philo du 24 juin 2009 au St René)

Le Larousse étymologique dit que le mot "cri" n'a pas pour origine une onomatopée. Cela, c'est le plaisir indicible de notre langue !
« Cri » vient tout simplement de l'appel lancé aux citoyens "quirites".
Quirites ! Quirites ! - cri.

Le mot citoyen n'est pas plus répandu qu'un autre... Pourtant ce un mot est partout, on peut même dire qu'il est rare de tomber sur une déclaration politique, ou sur l'expression d'un problème de société, ou ce mot n'est pas !

Cri apparaît pour la première fois dans la Chanson de Roland. Le mot « quirites » est l'un des mots-clés de notre époque.
Écrire le cri, juste un essai, une tentative, une tentative pour savoir si l’on peut « écrire le cri ». Paradoxe absolu : comment écrire ce qui n’use pas de mots, ce qui a lieu précisément quand les mots manquent. De quel cri s’agit-il ? Il y a cri et cri, cris et cris, é-cri(t)s ou non. Cri n’a pas de pluriel, un cri, des cris non une clameur. Qu’est ce qui fait de telle écriture, une écriture du cri ? Qu’est-ce qui crie dans l’écriture de certains ? Qui crie là ? Pourquoi telle vocifération n’est pas cri, pourquoi tel silence est cri ?
Qui permet de penser et d'écrire le cri, devant cela qui n’est plus perceptible à celui qui est immergé dedans, parce que justement tout est fait pour obnubiler son regard, ses perceptions et surtout sa liberté de juger. Sa critique.
Il se pourrait au demeurant qu’il y ait entre le cri et le regard hallucinés un « passage ». Le cri sort de, il ouvre des profondeurs vers la surface du monde. Connaissance par le gouffre !
De quoi avoir peur ? Une poésie dont l’esprit, comme celui du rock, est de « dénoncer sans aucune restriction tous les maux de la société ». Une sorte de balade glauque. éCRIts en majuscule, il sort de la page, s’impose.
On pourrait simplifier en disant que ce qui est à la base du cri, c’est la notion de souffrance. Non, la souffrance individuelle, personnelle, là on fait fausse route. Ce qui est en souffrance, colis abandonné, vies abandonnées, réduites au cri (à condition de pouvoir crier). Comment crier ? Comment fait-on pour crier ? Comment écrire le cri ? Pas d’issue, pas même de secours, puisque tout est perdu.

Le verbe crier vient du verbe latin quiritare, qui signifiait « appeler au secours ». Ce verbe apparaît comme un dérivé de quirites « citoyens romains », employé dans un appel tel que: « Á moi, citoyens ! »

Crier peut être intransitif (je crie) ou transitif avec pour objet les paroles prononcées. S'écrier diffère de crier en ce qu’il marque une soudaine entrée en action. Se récrier est fait sur s'écrier ; il ne se dit pas nécessairement d'un cri, mais de paroles plus ou moins vives prononcées en réponse à d'autres paroles ou à une action. Il peut traduire une réaction défavorable.
Décrier n'implique pas non plus des cris, mais seulement des paroles qui visent à inspirer le mépris d'une personne ou d'une chose.
Si crier est le verbe le plus usuel en français, le verbe le plus courant en latin était clamare. Mais il s'est passé un phénomène curieux : clamer, issu de clamare, est usuel en français jusqu'au XVIe siècle. Puis il tombe en désuétude, au point de disparaître des dictionnaires. Les dictionnaires du XXe siècle l'enregistrent de nouveau. Il se dit de cris destinés à attirer l'attention du public : l'accusé clame son innocence. Même pendant les siècles où clamer est sorti de l'usage, ses composés, formés à l'aide de préfixes, ont subsisté. Il en est ainsi d'acclamer, de déclamer, de s'exclamer, de proclamer, de réclamer.
Un sens ancien que réclamer possède encore dans la langue du XVIIe siècle est celui d'« invoquer ». Déjà La Chanson de Roland montrait les « païens » réclamant leurs dieux.

Hurler vient du verbe latin ululare, d'origine visiblement onomatopéique. En passant en français, les deux « l » successifs sont devenus « r-l » et le mot a été doté d'un « h » aspiré, de caractère expressif.

Ululare est apparenté à ulula « chouette » ; mais c'est le cri prolongé du loup qu'il caractérisait spécialement. Il en est de même de hurler, comme l'atteste l'expression proverbiale, hurler avec les loups, qu'illustre le vers des plaideurs :
  1. On apprend à hurler, dit l'autre, avec les loups.
Les trois verbes crier, clamer, hurler sont tous trois d'origine latine. Il s'est toutefois produit un glissement qui a fait de crier le verbe le plus usuel, tandis que clamare, le verbe le plus courant en latin, se continuait en clamer. On peut dire que clamer et hurler sont, dans la langue moderne, deux intensifs de crier : clamer est plus chargé de vigueur affective et vise à agir sur un public ; hurler, qui vient du domaine de la vie animale, est plus empreint de violence et de fureur.

Crier est issu (v, 980) d'un latin populaire « critare », réduction du latin classique de même sens quiritare, « crier au secours, protester à grands cris», L'étymologie proposée par Varron selon laquelle ce mot serait dérivé de « quiris » (surtout au pluriel quirites) « citoyen », mot d'origine obscure, et aurait d'abord signifié « convoquer les citoyens », ne semble inspirée que par la similitude formelle entre les deux mots, Quiritare repose en fait sur une onomatopée, comme tend à le confirmer le sens de son doublet quinitare « crier, du sanglier, du verrat », onomatopée qui semble être aussi à la base du néerlandais krijten, de l'espagnol gritar, et de l'italien gritare (avec maintien du t a des fins expressives).

Le mot est employé pour dire quelque chose d'une voix retentissante, pousser des cris perçants, en parlant d'un être humain, d'un animal, et faire entendre une plainte, une protestation. Dès le XIIe s il est également employé pour «annoncer, clamer publiquement, sens qui a eu une grande importance dans la vie politique et commerciale et dont certains dérivés gardent trace ; la criée, crieur.

Le déverbal Cri correspond à tous les emplois du verbe, s'appliquant aussi bien à la voix humaine qu'à celle d'un animal notamment aux oiseaux dont le cri spécifiquement n’a pas de nom ou porte un nom peu courant. Il a désigné spécialement l'action du crieur public et l'annonce d'un marchand des halles (XIIIe s) puis de divers marchands (les cris de Paris) valeur dont il ne reste guère que la locution figurée « du dernier cri » (1892) « à la mode la plus récente ».

L’ancien sens abstrait, « opinion publique, réprobation générale », est vieilli ou marqué comme littéraire (le cri public étant évincé par l’opinion publique). Le sens figuré de «mouvement de la conscience » s'est lui aussi limité à un usage littéraire, si l'on excepte le syntagme le cri du cœur.

Vociférer est un emprunt au latin classique vociferare ou vociferan, faire entendre des clameurs, pousser de grands cris et retentir, raisonner, en parlant de choses, aussi pour crier fort quelque chose. Le verbe est formé de vox, vocis (voix) et de ferre porter, apporter (fière). Le verbe conserve les sens latins de parler en criant et avec colère, et celui de dire quelque chose en criant.


La question du cri et du sens conduit à la conclusion d’un sens indirect, l’un des sens est proche du signal. Un cri est quelque chose qui est poussé par un sujet, quelque chose qui est subjectif… Mais peut-être une subjectivité impersonnelle, juste pour dire et mettre l’accent sur le fait de ne pas tomber dans le pathos et de ne pas tomber dans une subjectivité émotionnelle ou même émouvante, ne pas tomber dans l’épanchement.
Le cri ne peut provenir que d’un sujet parlant, ou plutôt, d’un sujet pouvant crier. Le cri est poussé par un sujet. Le cri vient d’une personne, mais ce n’est pas la personne qui s’exprime, ça crie, voilà le « ça crie ». ça crie sans que ça puisse dire oui c’est moi. Alors quel est le sujet du cri ?
On crie ce qui se travaille, parce qu’un cri ne tombe pas du ciel, n’est pas dicté par les muses. Le cri est peut-être la perte de responsabilité de son réceptacle de son environnement là où il y a quelque chose qui se révolte. Le cri est peut-être la base d’une révolte. Ou alors l’inverse, révolte donc il y a cri. Le cri autorise, on s’autorise par le cri.
  1. « Par sa relation à la loi et à l’interdit, la pulsion, qui naît dans bien des cas de la défense et de la règle, paraît alors bien plus proche de la notion de cri… le cri transgresse. » Alain Marc écrire le cri. P 21
Le cri, déjà présent dans l'Ancien testament - son expression se retrouve dans le Livre de Job, les Psaumes et Isaïe -, est ancré dans les traditions. D'un mot, le cri fait partie de la vie : crier, est vivre. André Chouraqui traduit Coran par Cri.
Pourtant, cette vérité première est aujourd'hui bien oubliée.
  1. « Vous n'entendez jamais les cris, ou leur équivalent, parce qu'on évite aujourd'hui le voisinage de l'inhumain », dit le narrateur du récit la Maladie de la chair de Bernard Noël à son interlocutrice. La Maladie de la chair p.28
Il faut sortir de la conception du cri comme cri inarticulé. Le cri est aussi articulé. Le cri c'est aussi le sens, ce qui est dit. Le cri c'est aussi la dénonciation, la révolte, le pornographique, l'obscène. La littérature est l'expression du mal, dit Georges Bataille. Le mal et le cri : deux mots pour exprimer une même sensation, un même pressentiment de l'écriture.
Le cri de la souffrance est le cri de la bête. Ou son gémissement. Pleurer n'est que l'expression d'un cri subi. La douleur est du côté du soma, la souffrance du côté de la psyché. L'une est plus près du corps, l'autre de l'intellect. Entre cri brut, et cri intellect. Antonin Artaud l'a clairement exprimé dans « Position de la chair ».
  1. « Ces forces informulées qui m'assiègent [...] qui du dehors ont la forme d'un cri. Il y a des cris intellectuels, des cris qui proviennent de la finesse des moelles. »
Le cri touche à l'indicible. Crier cherche à dénuder à dépecer. La souffrance est une expérience éprouvante, à son paroxysme, elle détruit la capacité de communiquer. La souffrance, ne peut se dire. D'indicibles.
  1. « J'écris. J'ai cris rentrés », dit Bernard Noël « L'outrage aux mots », le Château de Cène p.151.
La folie est la réponse à la douleur, de souffrir. Qui parfois débouche sur le cri, libératoire. Du cri ne pouvant sortir, du non-cri, au silence, et du silence, de l'avant cri, au cri.
Si l’obscène est souvent rattaché à une image violente, qui choque, qu’en est-il de l’obscène dans son expression sonore ? L’obscène montre, ce qui ne devrait pas être vu et fait entendre ce qui ne devrait pas être entendu. L’obscène est mise à nu de ce qui devrait être caché, d’où une fascination pour ce dévoilement de l’interdit. Parce que la voix peut devenir « dissimulation honteuse » ou « excès de l’impudeur » elle devient un outil de l’obscène.
De même que l’obscénité n’est pas à restreindre au pornographique, de même le cri obscène ne fait pas seulement référence aux sons émis lors du rapport sexuel. La voix représente l’intimité même, ma voix c’est moi. Le cri est l’étalage brutal de cette même intimité ; c’est en cela qu’il est obscène. L’obscénité du cri, c’est la nudité même du criant, la réception de ses entrailles sonores, une déchirure du silence à l’instar de l’ouverture organique, de la béance qu’il produit. Comme un corps ouvert étranger que l’on ne devrait pas pénétrer du regard. L’obscène correspondait au XVIe XVIIe siècle à l’exhibition de l’intérieur du corps. On pense là bien sûr à l’ouvrage de Georges Didi-Huberman « Ouvrir Vénus », dont le titre résonne comme une transgression. Le cri offre une vision sonore de cet intérieur. Il ne faut pas crier, car cette non-maîtrise de soi, cette manifestation de détresse intérieure est obscène.
Le cri oblige l’ouïe à admettre ce qu’autrui ressent au plus profond de lui-même il est toujours question d’entrailles. Le cri est déchirure, il troue le calme :
  1. « Obscénité du cri qui déchirant le voile du silence, semble mettre à nu toute l’horreur » Michel Leiris, Á cor et à cri, réf. note 4, p.103.
Les cris inarticulés peuvent cependant, dans leur manière d’être émis, devenir discours. Charlie Chaplin l’illustre dans son film ; Le Dictateur, dans lequel il prononce un discours qui n’est en fait qu’une suite de cris martelés. Il parodie ainsi dans cette splendide performance vocale les vociférations obscènes de A H. Les paroles ne comptent plus, ce qui compte pour l’orateur, c’est de fasciner les foules. Au-delà des paroles, le son du discours est obscène. Cette obscénité du discours est liée à la représentation, à la mise en scène de la voix, l’art d’utiliser sa voix est un moyen d’emmener autrui où l’on veut.
  1. « Fasciner est peut-être l’essentiel de l’acte obscène. Ceci ferait glisser l’obscénité du côté des mécanismes du pouvoir ». Alain Marc, Écrire le cri, note 7, p.76.
Ce que le dit ou l’écrit ne peut dire sur les cris la peinture le peu. Vladimir Velickovic nous le peint des « naissance » aux « orateur ».

Le peintre n’est pas satisfait de sa première interprétation de la naissance, il en cherche une autre. En 1968, il exécute une série importante des orateurs. L’orateur N°1, au haut de l tribune, avec sa bouche ouverte, ressemble au rat de la nuit (référence au texte « histoire de rat » dans « l’Impossible » de G Bataille). L’orateur  2 a un aspect humain prononcé, avec la geste de ses bras étendus, sa chevelure hérissée. Bientôt l’orateur, limité à la fonction de la parole, ne sera plus qu’une tête coupé, « grand tête avec mouche ». Cette tête dont on ne voit que la bouche écarquillée, a été expulsée d’un lieu  clos par les deux battants d’une porte à claire-voie. Enfin il peint à partir de 1969 une série de naissance et l’on fait cette constatation étonnante ; la naissance N°1 est en tous points semblable à l’orateur N°2. Les panneaux ont la même dimension, les figures y occupent la même position surélevée et s’y tiennent de la même façon. La femme écarte les jambes du même mouvement que l’orateur écarte les bras. Il y a une analogie absolue entre la femme qui accouche et l’homme qui parle.
L’orateur vêtu d’un drapeau, la tête crie, hurle et emporte à pleine gorge la conviction du spectateur. Le personnage a la geste de l’orateur, gueule béante devant les microphones phalloïdes. Nous entendons le discours, il remplit le monde entier jusqu’à ce qu’il couvre tout autre bruit. Pose à la AH du mensonge rusé, de la promesse fallacieuse. Dialogue ou un seul à la parole. Cauchemar de l’impossibilité de répondre. Ce qui compte ce n’est pas ce qui est dit mais comment on démontre. L’orateur éternel des origines à aujourd’hui ; archétype du démagogue encadré d’arabesque multicolores.
Dans le film de Bergmann, « cris et chuchotements »le visage démesurément grand de la belle jeune femme en train de mourir du cancer, métamorphose du visage en masque, pétrification de la bouche en cri.

Naissance N°1 tableau de 1969.
Un corps de femme s’ouvre et quelque chose en sort. Instant de l’événement sanglant. Le fœtus sort de la sombre caverne du ventre maternel. L’enfant tombe dans la lumière du monde. Le ventre est ouvert, comme une bouche qui cri désespérément. Cri sur les lèvres. Ce qui tombe de cette naissance ; un quirites. C’est un citoyen, un citoyen de plus pour la patrie.

La naissance comme phénomène de langage. L’orateur N°2.
Le discours crié et la naissance comme commencement biologique. La naissance s’associe à l’action de l’orateur, parce qu’en contemplant la bouche béant de celui-ci, on est amené à penser le statut ontologique de la béance. Envisager une relation entre l’être et le béant. L’orateur proférant le langage ouvre grand la bouche comme pour accoucher d’un enfant invisible, son discours. La femme qui accouche proférant l’être est une oratrice dont le cri est visible. L’enfant tombe de l’orée du sexe comme le mot essentiel qui dit oui et non. Le cordon est le fil du discours. Le mot essentiel lancé par l’orateur est relié à lui et doit être séparé pour acquérir son autonomie dans le monde.

Si logos est pour l’antique ; mot, proposition, phrase, entretien, débat, argument, langage en général, pensée, récit véridique, opposés au muthos, récits fabuleux. Pour Héraclite, il est extérieur à l’homme. Pour Sextus empiricus, on l’aspire avec l’air. Pour les modernes, le langage est soumis à cette même confusion des sens.
Le logos est un être intérieur dont on se délivre par un acte décisif d’enfantement. Le langage est une naissance et la naissance un monde du discours universel. Pas n’importe quel langage, celui de l’orateur, c’est-à-dire de tout homme qui hèle l’inconnu, laisse jaillir sa conviction profonde dans l’espace et l’espace et le temps.

A lire.
Alain Marc: Ecrire le cri.

Illustration pour le cri
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