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La pensée c'est pas la vie

Pensée = tout phénomène psychique conscient. Réflexion, analyse. Etc. 
Vie = fait de vivre, propriété des êtres organisés qui évolue de la naissance à la mort.       
(C.F. Le Robert). 

Ces 2 définitions posent bien le problème, la pensée aide t-elle, ou pas à évoluer, (dans le sens premier), c'est-à-dire se mouvoir pendant ce laps de temps qui nous est imparti entre la naissance et la mort.         

Une autre façon d’aborder le problème serait de dire : cette formulation, <la pensée n’est pas la vie>, étant le résultat d’une pensée, et que par ailleurs, je vis, donc la pensée est la vie.
Fin de l’exposé.           

Je me trouve, un soir, dans un aéroport. Le vol est annulé pour cause de brouillard. Je me « débrouille » pour : trouver un taxi, connaître les horaires des trains, payer le billet, le composter, sélectionner le bon train, etc. Avant de me laisser bercer dans ma couchette satisfait de moi.   
< Librement tirer d’ECO « Le signe »> 
Si on décortique les opérations mentales et la somme de « connaissances » requise pour arriver à ce banal résultat, on ne peut qu’être admiratif de nos capacités cognitives, de notre capacité de penser.

Ainsi penser à construire une chaise pour ne pas avoir mal au dos assis en tailleur.     
Pour cela, je dois penser à la forme qu’elle aura, penser à réunir les outils, les matériaux, penser à la méthode, et envisager le temps de sa réalisation. Etc     

Donc, grâce à la pensée, tout va bien dans le meilleur des mondes possibles ? Pas si sûr !

I Voyons en quoi la pensée n’aide pas la vie, à la vie, voir incompatible avec la vie ou même nuisible.       
(Penser n’est pas vivre ?)     
1) Au niveau individuel.       
Pour moi la pensée, se met inexorablement au service de la distanciation, la pensée part de l’observation, elle apprend, elle mixe, elle crée des systèmes, et les emmerdes commencent !
Et puis, comment prendre au sérieux la vie quand on l’observe, que l’on en est distant ? 
Bien sur ça peut être utile pour fabriquer une chaise et après ?         
<pourquoi je vis ? > < Pour en faire quoi ?>. <A quoi bon ?>    Nietzsche.
Se fuir dans le non faire, ou dans le surfaire, quelle différence du point de vue philosophique ???
1er gouffre : de l’inutilité de l’action. (Mais qu’est-ce qu’on s’emmerde ? )          

Plus j’observe, plus je recueille, plus j’apprends, plus je me pose des questions, plus j’obtiens des parcelles de réponses, plus une multitudes de questions apparaissent, plus je monte des collines plus d’autres collines apparaissent…
<Ce que je perçois est-il réel ?>, <D’où viens-je ?> Qu’est-ce qu’il y a avant le bing bang ? (Si cela est vrai), etc.
A en arriver à souhaiter de ne plus penser. Penser devient insupportable…          
Comme une nostalgie, une nostalgie de quand j’étais une amibe. De quand je ne me posais pas de question…
Voir le reproche populaire <Tu te poses trop de questions. >             
2er gouffre : le questionnement sans fin. (Le vertige)        

La pensée consciente de ses émotions. Je pense donc je suis, et alors ? ...JE SOUFFRE !                    
Je pense donc je souffre. Je souffre donc je vis, je (le) vis mal car mon environnement ne me convient pas, je suis « frustré ».
Le différentiel entre ce que je pense possible de vivre et ce que je vis m’est insupportable.
3ème gouffre : la pensée critique exacerbée. (Je préférerais ne pas savoir.)             

Je suis encore plus mal car je suis trop con pour pouvoir changer quoique se soit, en moi ou sur mon environnement, et ainsi de suite.               
4ème gouffre : l’auto jugement, voire l’auto dénigrement. (Ou terrible lucidité)        

Le penser « seul », s’enfermer, s’isoler, se rigidifier. Je ne peux rien faire car… Très « logiquement » !         
Je pense que, comme je suis mal, que ça se sent chez les autres, qu’ils vont vouloir, soit me protéger, soit me persécuter ou être « contaminés » eux aussi, qu’il me faudrait en conséquence penser pour deux, jouer un jeu, avant qu’ils m’enfoncent encore un peu plus d’une manière ou d’une autre, ou qu’ils succombent eux mêmes, et, que penser pour deux ça me fatigue, le plus simple est d’éviter toute relation autant que faire se peut, quand à songer à une relation « amoureuse » vaut mieux oublier.                       
5ème gouffre : la pensée répétitive. (Qui s’auto entretient).            

On pourrait faire ci, si j’avais le pouvoir, je ferais ça, échafauder des systèmes. Qui se veulent réalistes. Et militer pour ! A vouloir se faire péter la tronche pour une cause.
A l’inverse, décider de m’occuper de rien et jouir de la vie.          
Se donner des systèmes de vie, stoïcisme, épicurisme, cynisme, (et autres « isme »)          
(Et se fatiguer de vouloir si tenir ! Bah, ça occupe ! )…                   
6ème gouffre : La pensée logique totalitaire.          

A l’inverse, je pourrais faire ci, oui mais…Alors je pourrais faire ça oui mais… le débat intérieur, sans fin : enjeu/conséquence, qui me paralyse.        
7ème gouffre : le complexe de Buridan. 

Je connais la solitude intrinsèque à l’Etre, et je voudrais fusionner avec l’autre.
Ou : je voudrais être seul et ne pas l’être.             
8ème gouffre : la pensée paradoxale.   (Antinomique)          
(Et accessoirement les difficultés des relations, surtout quand il y a un enjeu, amitié, amour, sinon je m’en fous !)       

Je fantasme, que je suis un grand artiste, chef militaire, explorateur, Calife d’un harem, etc.        
9ème gouffre : la fuite dans l’onanisme imaginaire.              

Mais, après tout, ne serait ce pas tout simplement une autre réalité, une (autre) manière de vivre, et d’accepter le fait de vivre, de faire avec ? De fait, même dans ce cas « on vit ».
Une réponse à la dépression, la fatigue d’être soi ? A la mésestime de soi. A la frustration de ne pas arriver à se déployer ? Je ne peux rien faire dans « la vie », dans le rêve je peux tout ! (Je pourrais développer, ça m’entraînerait trop loin.)                         
Au final, la moins mauvaise solution ?                

Bref, ce sont là quelques uns des innombrables gouffres qui tendent à montrer qu’en effet qu’il vaudrait mieux ne pas avoir la capacité de penser.   (Le <tu penses trop>)       

Deux remarques.         
1) chacun de ses exemples pourrait être développé. Mais il y a une nécessité de concision ici.    
2) Que ses exemples pourraient sembler être du domaine de la pathologie, de la folie, mais, là aussi, ce n’est pas mon propos.        
J’ai envie de dire que je suis prudemment resté dans des archétypes, et que mon propos n’est pas de juger de la folie, ni de qui est fou, de celui qui croit ne pas l’être ou de celui qui le sait (Socrate revisité.).        
Voire, <Le concept de l’angoisse>, <Le concept du désespoir> (Conscient, inconscient. De ne vouloir pas être soi ou de vouloir l’être ? (Kierkegaard).             

Donc, en effet, ne pas penser serait plus favorable à la vie.           
D’ailleurs, on peut supposer que certains organismes vivants simples n’ont pas de conscience, et donc ne pensent pas. Ils naissent, croissent, se reproduisent, se meuvent et meurent.
Ce qui sous-tend le fait que ces organismes sont régis par ce qu’on appelle l’instinct, des attitudes réflexes ; données par une grande règle du jeu universel ? (La « vie » justement)  
Comme une excitation sexuelle à la vue d’un leurre, comme la rougeur d’une gorge pour l’oiseau du même nom ou (la petite culotte sous les jupes des filles) ou de saliver quand il voit quelque chose d’appétissant. (Voir Cyrulnick, Pavlow, Lorentz…),         

(Instinct = Tendance innée et puissante commune à tous les êtres vivants : conservation. Sexuelle. Nourriture… (C.F Le Robert)   
APRÈS TOUT CELA SUFFIT À LA VIE !          

Peut être l’émotion, non raisonnée, est plus universelle. Plus, la « vie ».  Voir Bergson.        
La pensée nuit-elle à l’émotion ? L’émotion, la passion, qu’une affaire de chimie du corps   (Voir Jean Didier Vincent. « Biologie des passions ») A LIRE    
(Neuro-biologie)  <Vivre : c’est brûler.> (Voir les débats sur l’émotion, et l’ivresse ici même.)      

    2) au niveau collectif.          
Non seulement la pensée n’est pas utile, mais on s’aperçoit vite, en particulier de nos jours, qu’elle est même nuisible, puisque l’homme, par ses pensées, (les fruits empoisonnés de ses pensées), détruit l’écosystème qui le porte.    
Cela est-il nuisible au grand TOUT (la vie) que la terre devienne stérile ? On peut penser que dans l’univers, il y a d’autres sites qui abritent du « vivant ».

Le pire du pire, est la pensée « totalitaire » le raisonnement implacable dans sa logique, ce thème qui a été brillamment développé lors de la 3ème mi-temps d’un soir de café philo…  
Celle des nombreux systèmes totalitaires qui on parsemés l’histoire de l’humanité, dont rien nous garantit qu’ils ne se reproduiront pas un jour…         

Le grand « TOUT » s’en fout de la terre et de l’homme et l’on peut même penser comme certains mystiques, bon débarras. Homme t’es trop con.                  

Y aurait-il deux « qualités » de pensée ?      
Une pensée négative et une pensée positive pour la vie ?               
Faut-il penser avant d’agir ? Ou agir sans y penser ?        

II) alors la pensée est-elle positive pour la vie ?      
    1) niveau individuel.            
La pensée opérative.
Certains animaux sont capables de pensée simple, faire le tour d’un mur ou prendre un bâton pour attraper un fruit… Trouver des solutions pour mieux vivre. (Mais attention : ou se taper dessus…) Voir le nucléaire.         
(Qu’est-ce que le mieux vivre ?)                     
La pensée pour faire face à la complexité. Comment se « retrouver », devant des connaissances de plus en plus nombreuse, diverses ? Sans la pensée ? La pensée ne serait-ce pas « l’outil » de l’adaptation ?                   
Il nous faut distinguer une pensée « opérative », de la pensée abstraite ou métaphysique.
La pensée est multiforme.        
Elle permet à l’Homme de concevoir et mettre en œuvre ce qu’il a conçu.          
Mais elle lui permet aussi de replacer son (ses) action(s) dans un contexte plus large grâce au questionnement philosophique, un questionnement raisonné, qui cherche à avoir une vision du monde, à donner du sens au monde.             
C'est-à-dire, (justement) si son action n’est pas nuisible à la vie.
Si elle va dans le sens de l’éternité. (Voir J.Luc Berlet <Au-delà du désespoir>. A LIRE)             
Une pensée consciente, dans le bon sens du terme, qui connaît les dangers de la pensée et aussi les avantages de la pensée.            
Enfin, cette pensée peut devenir féconde, dans le partage, l’échange. Une pensée évolutive, ouverte, vivante.           

    2) Niveau collectif.    
Certes, certaines personnes, grâce à la conscience, agissent contre le suicide collectif.).           
(Conscience = connaissance C.F le Robert), une pensée appuyée sur la connaissance, (un raisonnement plus sophistiqué que la simple pensée immédiate.)             
Etre vigilant face à la pensée totalitaire…        

Et là, se pose la question de l’usage de la conscience au niveau individuel et collectif.        
(On peut regretter que, trop souvent, on ne réfléchit pas assez au : Quoi ? Pour quoi ? Pour qui ? Pour en faire quoi ? Quelle conséquence ?         
(La croyance en son propre génie aveugle certains hommes me semble t’il.)            
Science sans conscience, c’est la mort de l’humanité.                  

Conclusion :
Dans l’absolu, il ne me semble pas que la « pensée » soit indispensable à la vie. (Elle s’en fout)        
Le fait qu’elle existe est imparable. 
La pensée n’est pas la vie ? Elle en serait la conséquence plutôt, (voir la résultante d’une évolution)         
Alors que faire de « ça » ?      
J’en déduis que, comme tout outil, toute capacité, la pensée en elle-même me semble neutre, c’est l’usage que l’on en fait qui fait la différence.        

Mais peut-on avoir une pensée libre ?
Comment avoir un libre arbitre quand on est « modélisé » ?…
Par la chimie du corps, par l’instinct réflexe, par la « culture », l’environnement…         

Pierre Bray
Tag(s) : #Textes des cafés-philo

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