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L’Orient peut-il sauver l’Occident du désespoir ?
(Resto zen du  14 avril 2006)

Au-delà du désespoir est le fruit d’une double nécessité à la fois intellectuelle et émotionnelle. Sur le plan intellectuel, ce livre s’inscrit dans le prolongement du Complexe de Dieu. Tandis que Le complexe de Dieu constituait une critique assez radicale des travers de l’Occident, Au-delà du désespoir propose des solutions concrètes aux maux de notre temps. Tel Icare qui par orgueil s’est trop approché du soleil, l’Occident est tombé de haut avec comme châtiment le désespoir du supplice de Tantale… En d’autres termes, mon premier livre est un peu une entreprise de déconstruction tandis que le second se veut plutôt une entreprise de reconstruction…Sur le plan émotionnel, l’idée d’écrire ce  livre m’est venu lors de l’été 1998 où j’ai été le témoin impuissant de la descente aux enfers d’un ami désespéré. Le suicide de cet ami peintre a constitué une situation- limite où la tristesse était alourdie par un sentiment de culpabilité. L’écriture philosophique s’est très vite avérée être le plus puissant des anti-dépresseurs…
Certes, Au-delà du désespoir n’est pas un livre de philosophie orientale, mais il contient tout de même de très larges incursions dans la pensée chinoise et indienne. C’est en effet la philosophie chinoise du Yin-Yang qui constitue l’épine dorsale de ma métaphysique de l’espérance. La vision taoïste de l’amour rompt avec le pessimisme occidental incarné par une littérature consacrant l’amour malheureux. La sagesse chinoise consiste en l’occurrence à séparer l’amour, le sexe et le mariage, ce qui lui permet de ne pas sacrifier le bonheur à l’amour comme tend à le faire l’Occident.  Qu’y a-t-il de plus désespérant que de se résigner à l’idée stendhalienne que l’amour authentique s’achève fatalement dans la mort ?
Contrairement aux préjugés de l’Occident, la philosophie indienne du détachement n’est pas pessimiste. Le bouddhisme, par exemple nous enseigne que le désespoir est toujours la conséquence de l’espoir déçu et qu’il vaut mieux apprendre à ne rien espérer pour ne pas s’exposer à de cruelles désillusions. En ce sens, la philosophie bouddhique rejoint la sagesse grecque qui à l’image d’Epictète nous demande de ne plus désirer que des choses nous arrivent, mais d’apprendre à désirer les choses qui nous arrivent. En plus, à travers des pratiques de méditation comme le Yoga, la pensée indienne nous apprend à vivre pleinement l’instant présent en co-présence avec nous même. C’est pourquoi, la pensée indienne tient une place centrale dans les derniers chapitres de notre ouvrage consacrés à la « thérapie » du désespoir…
Cependant, l’Orient ne pourra sauver l’Occident de son désespoir qu’à une seule condition qui est loin d’être réalisée aujourd’hui. Cette condition, c’est que l’Occident cesse de s’approprier l’Orient en l’occidentalisant et lui faisant perdre ainsi toute sa saveur originelle. Or, cette condition ne peut-être réalisée que sur la base d’un immense travail de recherche approfondi qui passe notamment par la connaissance des langues orientales. Or, avec la mode actuelle du prêt à penser et la culture du fast, il n’est pas sûr que l’Occident soit disposé à consentir à un tel effort pourtant vital. L’Orient recèle  un trésor inestimable, mais l’effort à fournir pour le découvrir est à la mesure de sa valeur…   

  « Tu ne sais rien de la sagesse
Tant que tu n’as pas fait l’épreuve des ténèbres
Qui te retranche d’un chacun
Sans recours et sans bruit »            Hermann Hesse


                                            Jean-Luc Berlet
    
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