Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

la peinture pense III
Les ambassadeurs quelques détails;
tentative
d'épuisement d'un tableau
L'étagére inférieure

Le globe

Basé sur celui que Johannes Schöner produisit à Nuremberg en 1523, il indique un certain nombre de notations « géopolitiques » comme la ligne de partage du monde entre Espagnols et Portugais établie par le pape Alexandre VI par le traité de Tordesillas de 1494. La circumnavigation de Magellan y est tracée. On y aperçoit aussi le Nouveau Monde, en particulier la côte brésilienne. Holbein fait quelques modifications ou variations, il écrit « Pritania » pour « Britania » la plus signifiant étant l?inclusion de la petite ville de Policy, la ville ou vit Dinteville.













Le livre d'arithmétique de Peter Apian


Peter Apian, Eyn newe unnd wohlgründte underweysung aller Kauffmanss Rechnung in dreyen büchern (Ingolstadt: G. Apianum, 1527)

Le livre d'arithmétique d'Apian fut écrit dans un langage vernaculaire et utilisa les nouvelles technologies pour sa diffusion. Il fut écrit principalement pour l'usage des marchands, comme de nombreux autres objets présent sur la tables.
Le choix de ce livre n'est pas un hasard, il montre les changements sociaux de cette époque, et montre l'expansion rapide de des marchands dans la bourgeoisie. Il rappelle également les origines de Georges de Selves descendant d'une famille de marchand  du Limousin. Il est a noté que le livre est ouvert à une page  ou l'on  peut lire le mot "division" choix relatif aux divisions politiques et religieuses de cette époque et faisant également référence au écrit de Georges de Selve concernant ces disharmonies religieuses.







L'agrandissement et la rotation du livre dans la peinture D'Holbein montre bien quil s'agit du livre d'Apian ouvert à la page division , dont voici , à droite une reproduction.





















Le livre des chants:


Comme le livre d?arithmétique , Holbein représente un livre spécifique ouvert à une page particulière.
Le plus étonnant est que les deux pages représentée sur le tableaux ne sont pas des pages consécutives dans le livre originale. Le verso, la page de gauche peut être identifiée comme la traduction par Luther du premier verset de l?hymne Veni Sancte Spiritus :

Kom heiliger geyst herregot/erfüll mit deiner gnaden gut/deiner gleubgen hertz, mut und sin/ dein brünstig lib entzünd in ihn/ O herr durch deines liechtes glast/zu dem glauben versamlet hast/ das volck aller welt zungen/des sey dir Her zu lob gesungen.

La page recto sur le coté droit est l?ouverture de la version raccourcie des dix commandements de Luther.

Mensch wiltu leben seliglich/und bei Gott bleiben ewiglich/Soltu halten die Zehen Gebot/ Die uns gebeut unser Gott.

La sélection de ces deux pages semble intentionnelle. Elle montre en effet le choix que fait Luther entre la loi et le chant sacré , ou entre la loi et la grâce. La loi selon les mots de Moïse dirige la vie externe de l?homme, proclame son abjection avant le courroux de Dieu. La loi fait apparaître la conscience du pêché.Le résultat de la désobéissance, l?homme est la proie de la mort et du diable. En revanche la bonne parole ; la parole du Christ s?adresse à la vie intérieure de l?homme lui promettant droiture et salut.
L?opposition entre le loi et la parole est un élément central de la théologie Luthérienne, justifié par la foie.Cette doctrine est développée dans la préface  des commentaires des Lettres de Paul aux Romains.Les écrits de Luther sur la justification par la foie trouve un parallèle signifiant dans les textes de Lefèvre D?Étaples et le groupe des évangélistes français. Les de Georges de Selve reflète l?importance de la question de la justification.
Ainsi réunir dans le tableau la paraphrase de Luther sur les dix commandements notamment le passage indiquant l?obéissance à la loi, en opposition à la traduction  de Luther du « Veni sancte Spiritus » invoquant la grâce de Dieu en écho aux évangiles, montre l?attachement de George de Selve à la paix spirituelle là ou tous se rejoigne dans l?union avec le Christ.
Le thème de La Loi et des Évangiles fut déjà illustré par Lucas Cranach en 1529, rendant le thème populaire. Holbein utilise également ce thème dans deux autres ?uvres, un panneau à la National Gallery of Scotland et la Première page de La Bible de Coverdale publiée en 1535. Une variation de ce thème fut également publiée en frontispice de la traduction du Nouveau testament par Lefèvre d?Étaples imprimée par à Antwerp par Martin Lempereur en 1530.


Le luth

Le luth présent sur la table au coté des flûtes et des étuis à droit du livre de chants représente la musique, l?une des quatre disciplines du Quadrivium. Par la représentation des instruments Holbein donne de l?emphase à la pratique en opposition à la théorie.
On peut remarquer la similitude entre le luth présenter dans le tableau et l?instrument utilisé par Albrecht Durer dans sa démonstration de la perspective magistralement gravée en 1525, Underweysung der Messung, où celui-ci montre un dispositif de traçage des objets en perspective. On peut y voir la reconnaissance de la dette d'Holbein à la science de la perspective
La corde cassée est une allusion au lut illustrant le frontispice du traité  D?Andrea Alciati : Emblematum Liber publié en 1531.
Alcciati écrit : « Il est extrêmement difficile pour l?étudiant de mettre à l?unisson autant de cordes, si une corde ne peut être accordée ou est cassée, la grâce du coquillage n?est plus et la meilleure des musiques n?est que faiblesse» Ce qui nous rappelle Nicolas de Cues qui dans son  De concordantia catholica écrivait : «  Par dessus tout le Roi sera un joueur de lut, qui sait comprendre?Qui préserve l?harmonie? et qui jamais n?accordera une corde trop haut ou trop bas, pour ne pas la brisée et trouver ainsi trouver l?accord parfait et préserver l?harmonie des sons. 1»

1-Nicholas of Cusa, Opera, III f. 75v, R. Klibansky, E. Panofsky, and F. Saxl, Saturnet la Melancolie.










L'étagére supérieure


Le livre
Georges de Selve pose son coude sur un livre sur la tranche duquel ce lit l?inscription suivante « AETATIS SVAE 25 » ce qui correspond à l?age de de Selve au printemps de cette année 1533.






Le globe céleste

Le globe montre les constellation sous leur forme mythologique. On peut remarquer la position centrale que prend la constellation du cygne dont l?inscription est « Galacia »
Le globe n'est pas réglé pour représenter le ciel à la latitude de 51° 30' qui est celle de Londres où se trouvent les deux hommes mais pour une latitude comprise entre 42° et 43° plus caractéristique de l'Espagne - une partie de l'empire de Charles Quint - ou de l'Italie où réside le pape. On notera cependant qu'il s'agit d'une valeur très proche de la latitude de Rome (41° 52') et qu'elle rappelle les différends politiques et religieux entre la cour anglaise et le Vatican. On a fait remarquer aussi sa grande ressemblance avec celui construit en 1533 par l'astronome de Nuremberg Johannes Schöner et qui est aujourd'hui au Musée de la Science de Londres.


Les cadrans
Un cadran similaire apparaît sur le coté supérieur gauche du portrait de Nicolas Kratzer peint en par Holbein en 1528
Un second cadran de papier apparaît en arrière plan. Les cadrans étaient utilisés pour mesurer la hauteur du soleil par rapport à l’horizon ce qui permettait de calculer l’heure.
Pour se faire un plomb fixé à fil donne la verticale en visant le soleil le fil se place devant les graduations du cadran ce qui permet de calculer la position du soleil. On voit l’ensemble de ces détails sur le premier instrument, en revanche en prêtant plus attention au second on s’aperçoit que ce dernier est mal assemblé ou alors mal représenté par le peintre ce qui rend son utilisation impossible. Le détail nous montre en effet qu’il n’y a pas erreur de la part du peintre mais c’est volontairement qu’il représente ce cadrant monté à l’envers. Ainsi l’un est correctement monté et permet la mesure, l’autre monté à l’envers, semblant juste ne donnera jamais la juste mesure.



























Les cadrans polyédriques
On remarque à nouveau en prêtant attention que les indications de temps inscrites sur les différentes faces des polyèdres ne concordent pas. Sur l’une des faces on peut lire 9.30 sur les deux autres 10.30. On s’aperçoit également que la l’attitude du gnomon ne ce situe pas dans le nord là ou se trouve Londres mais indique un latitude proche de l’Afrique du Nord. Ces erreurs nous rapprochent  de la corde cassée du luth, des erreurs précédente nous indiquant le thème du tableau la relation entre les limites humaines des sciences et de la nature finie de la nature humaine.
Le musée d’histoire des sciences possède des cadrans polyédriques dont la fabrication est attribué à Nicolas Kratzer.
Le polyèdre solaire fabriqué vers 1425 pour le cardinal Wolsey.

Le torquetum
Le torquetum est un instrument de mesure décrit pour la première foi par Ptolémée, il servait à déterminer la position des corps célestes et donnait le temps avec une certaine précision. Cet appareil est une construction complexe qui avait besoin d’être ajusté à la latitude au jour et à l’altitude. Il fut redécouvert au XIII éme siècle et pendant les Xv et XVI éme il vit une multitude de variation dans sa fabrication, mais peu nous sont resté. Certain d’entre eux furent conçut et fabriqué par Apian de Nuremberg l’un des maîtres de la matière et furent publié dans son Astronomicum Caesareum en 1540.







Le cadran cylindrique
A l’instar des autres instruments de mesure du temps ce cadran solaire cylindrique est représenté dans le portrait de Nicolas Kratzer.
Ce cadran solaire nous permet de voir ou de déduire que nous sommes entre le 11 avril et le 15 août. La date du 11 avril correspond en cette année 1533 au vendredi saint. Ce qui nous relie aux autres détails tel que l’acte de rédemption du Christ représenter par le demi crucifix ainsi que le livre des chants luthérien.











Le crâne

La représentation en premier plan du crâne explique l’essentielle finitude de l’homme et de la limitation de sa connaissance. A l’image des traditionnelles vanités le crâne est la pour nous rappeler la finitude de l’homme sujet au temps et à la mort. Le choix de la représentation anamorphique renforce cette idée. Ici Holbein semble opposé la vision humaine à la connaissance de Dieu. La vision humaine est nécessairement limitée par le temps et l’espace, alors que Dieu a connaissance de toute chose en tout lieu et en tout temps. Ainsi la représentation anamorphique du crâne nous indique que voir l’un (le crâne) déforme l’autre (les objets).
Le contraste entre la vision humaine et la vision de Dieu est inspiré par le texte de Nicolas de Cues : le Trialogus de possest.
« L’œil, le maître qui peut atteindre chaque chose sans tourner. Lorsque notre œil tourne lui même autour de l’objet c’est parce que notre angle de vision est limité. Mais l’angle de votre œil, O Dieu, n’est pas limité, mais infini, Derrière l’infini sphère de votre vision apparaît la sphère infinie de votre perfection. Ainsi tu vois comme un  dans le même temps toute choses en dessous et au dessus. »
De même Nicolas de Cues observe : « La précise équidistance entre les choses ne peut se trouver sauf dans le cas de Dieu, car Dieu seul est infinie égalité. Ainsi il est centre du monde , aussi centre de la terre, de toutes les sphères et de toutes chose du monde. » De docta ignorantia II.11

En plaçant ce crâne au centre du pavage, sur le sol Holbein nous signifie combien notre mortalité obscurcie la vrai vision de Dieu. En regardant dans le détail on s’aperçoit que Dinteville pose son pied droit au centre de l’un des cercles du pavage suggérant que cet homme est aussi le centre, mais un centre relatif et non le centre absolu.
«L’activité humaine consiste en la révélation  de chaque chose cachée derrière soit dans son propre champs circulaire, et de faire que chaque chose viennent virtuellement en avant du centre » Nicolas de Cues  De conjecturis II XIII. Dans son dialogue Idiota de Mente De Cues compare l’esprit humain à un compas de la vie(circinus vivus) qui peut prendre mesure de chaque chose. En revanche et par contraste le pied de De Selve caché par sa robe n’a pas une position très déterminé par rapport au sol  L’ambiguïté de ce positionnement de De Selve est sans aucun doute à sa fonction de clerc et d’émissaire, qui le place entre les sphères temporelles et spirituelles.


Tag(s) : #Peinture

Partager cet article

Repost 0