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« Marie-toi! Si tu es heureux en mariage, tant mieux pour toi. Si tu es malheureux tu deviendras
philosophe... »
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Socrate
Ce mot attribué à Socrate, le père de la philosophie occidentale semble avoir provoqué une malédiction sur la vie sentimentale des philosophes.
Car, une simple vue d'ensemble de la vie amoureuse des grands philosophes témoigne assez nettement en faveur d'un rapport inversement proportionnel entre le génie intellectuel et la réussite
conjugale. Socrate n'a eu cesse d'ironiser sur sa propre situation d'homme marié à l'acariâtre Xanthippe qui n'avait cesse de le poursuivre de ses sarcasmes, d'où sa fuite dans le refuge de la
philosophie. Nietzsche, de son côté a eu beau jeu de critiquer la moraline de Socrate, car sur le plan affectif sa situation fut encore bien plus désertique que celle de son adversaire grec. Il
ne s'est jamais remis de son chagrin d'amour avec Lou Salomé, mais a su sublimer son chagrin dans une philosophie à « coup de marteau » laissant nettement transparaître un certain
ressentiment pour la gent féminine...Pour sa part, Kant au moins semble avoir échappé au chagrin d'amour...en refusant catégoriquement de s'y exposer...Peut-être que sa philosophie aurait été un
peu plus exitante si une jolie demoiselle était passée par là! Pour clore une liste qui serait trop longue, je me contenterais de rappeler que le dernier grand philosophe marxiste, Louis
Althusser, a étranglé sa femme...Karl Marx est peut-être la plus belle exception à ce tableau sentimental étrangement vide puisqu'il a eu 5 enfants avec la belle Jenny qu'il adorait plus que
tout!
Mais c'est incontestablement le philosophe Danois Sören Kierkegaard qui présente le cas le plus intéressant pour illustrer la questionqui nous
occupe. En effet, sans la célèbre rupture sentimentale avec Régine Olsen, Kierkegaard de son propre aveu, ne serait jamais devenu l'immense penseur qu'il a été. Avec Kierkegaard, on peut
absolument affirmer que le chagrin d'amour rend philosophe. Alors que tout était réuni pour que le jeune Sören et la jeune Régine se marient et fondent ensemble une heureuse famille, le
philosophe tourmenté a soudain rompu les fiançailles scellées un an auparavant. C'est en octobre 1941, peu de temps après avoir obtenu son doctorat de philosophie, que Kierkegaard a renvoyé son
anneau de fiançailles à la belle Régine avec un petit mot laconique sans autre justification...Il y aurait tant de choses à dire et à contredire sur les raisons qui ont poussé le philosophe à
commetrre un acte aussi insensé du point de vue du sens commun...Mais ce serait là esquiver la question que nous nous posons sur le rapport entre le chagrin d'amour et la vocation
philosophique. Or, Kierkegaard a écrit des volumes entierspour tenter de nous éclairer sur ce lien entre le chagrin d'amour et la pensée philosophique. Car, Kierkegaard était profondément
amoureux de Régine et l'a aimé jusqu'à la fin prématurée de sa vie en 1855 alors qu'il n'avaitque 42 ans...Il avoue lui-même que s'il a écrit tant de pages c'était pour tenter d'exorciser sa
terrible culpabilité à l'encontre de Régine dont il avait brisé le coeur.Kierkegaard a voué un amour idéal à Régine jusqu'à la fin de sa vie, un peu comme si son écriture avait besoin d'une telle
frustration amoureuse. Freud aurait vu dans son cas une des illustrations les plus parfaites de sa théorie de la sublimation...
Le cas de Kierkegaard ne nous dit pas explicitement que le chagrin d'amour rend philosophe, mais simplement qu'il le peut. Car, tout se passe
comme si Kierkegaard avait volontairement sacrifié son amour avec Régine afin de devenir l'immense penseur qu'il a été. Si le chagrin d'amour rendait toujours philosophe, nous vivrions dans un
monde un peu plus sage que le notre...
JL Berlet
(café-philo du 13 août 2008)
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« Chagrin » est un euphémisme... La rencontre amoureuse, comme révélation, fait surgir la question du « sens de la vie » non perçue nécessairement en temps ordinaire, si toutefois elle existe en dehors de l’amour. Car elle ne s’impose pas vraiment à qui peut vivre simplement, dans le plaisir, la satisfaction de ses besoins fondamentaux.
Donc, cette question reste après la rencontre. Impression étrange de continuer à vivre dans la pure contingence, et par lâcheté. Elle peut donc rendre philosophe si l’on considère comme Camus que c’est LA question philosophique. On peut toujours, avec la philosophie, chercher les moyens, sinon d’y répondre, du moins de la construire. Mais sur le fond, je n’y crois pas. Le « sens de la vie » et le désespoir amoureux sont des apories pour la pensée rationnelle.
Alain
Du fait qu'il peut amener certains au suicide, on ne peut poser l'énoncé vrai en répondant positivement.
L'intensité d'un chagrin d'amour dépend initialement de l'image que l'homme se fait de l'amour : union fusionnelle, oubli de soi pour autrui, ornement du sexuel, union avec conscience d'être distincts... Cette vision de l'amour est en rapport avec son savoir "culturel" car, les expériences de l'amour n'amènent pas à un réel savoir sur l'amour, car il y a deux positions dissymétriques à priori. Nous n'avons le point de vue que d'une seule. Pour certains, l'amour n'est qu'une rencontre fortuite, pour d'autres elle apparaît comme liée au destin, à la fatalité. Pour ces derniers le chagrin d'amour risque d'être plus intense.
Bergson écrit en 1935 : " j'appelle amateur en philosophie celui qui accepte tels quels les termes d'un problème usuel... Philosopher pour de bon consisterait ici à créer la position du problème et à créer la solution... ". Le chagrin d'amour nous apparaît comme ce problème. En accepter les termes ne peut se faire qu' en exerçant sa raison. C' est un mouvement vers " l'amour de la philosophie " car l'homme sera nécessairement amené à penser sur ce qu'il pensait de l'amour.
PS : accepter les termes du problème écarte les cas de suicide ou de meurtre.