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C’est la préparation d’un sujet sur « l’art de la conversation » dans les salons philosophiques et littéraires de l’Ancien Régime qui m’inspire cette idée que le savoir vivre serait la base de la démocratie.
En effet, le « savoir vivre » n’est pas innocent. Si cette notion est parfois considérée comme convenue et hypocrite, et s’il est vrai que des codes de comportement inventés à l’Age Classique, assouplis ensuite, sont marqués par leur époque et par leur classe sociale d’origine, il n’en reste pas moins que le « savoir vivre » a un SENS. Il s’agit tout simplement de rendre la vie en société, non seulement possible mais agréable et même excitante.
S’il ne s’agissait que de la rendre possible, la convention suffirait. Et l’hypocrisie serait l’hommage que le vice rend à la vertu. Mais il s’agit surtout que la « vie en société », le commerce avec les autres, donne envie d’y participer et de s’y impliquer.
Quelle est aujourd’hui, selon moi, la dimension politique du « savoir vivre » ? D’abord, il exclut de l’espace public l’intolérance, le sectarisme, les jugements sur les personnes, donc le sexisme et le racisme (y compris le racisme social). Il exige l’EGALITE en droit au respect et à la reconnaissance de la qualité d’être humain de chacun. Ensuite, peut-on imaginer une société démocratique où personne n’aurait envie de se retrouver, où la sociabilité serait confinée à des cercles privés, familiaux ou autres ? Cela me paraît impossible ! Les droits de vote, d’expression, etc. ne suffisent pas et perdent dangereusement de leur sens dans une société décomposée.
Question délicate : la démocratie serait-elle donc normative ? Oui... et plus que toutes autres les démocraties « participative » ou « directe » dont rêvent quelques-uns d’entre nous ! Mais la liberté d’expression s’applique à des idées, à des contenus ; or, la vulgarité, l’agressivité, etc. ne sont pas des contenus, les jugements pas davantage. Le « savoir vivre » n’exclut que celles et ceux qui ne peuvent ou ne veulent en comprendre ni le sens, ni l’intérêt, ni la nécessité. Et il ne faut pas oublier que l’absence de « savoir vivre » exclut ceux qui ne supportent pas - et avec raison ! - toutes formes de non respect de leur intégrité et de celle du groupe.
Ces réflexions ne me seraient sans doute jamais venues si je ne fréquentais pas les cafés philo (ou autres), comme participant et comme animateur. Ces cafés sont un microcosme expérimental, sans Dieu, sans police ; l’animateur ne peut pas tout, et nous n’avons aucun moyen de coercition. En conséquence, chacun doit être adulte et responsable sous peine de rendre leur existence impossible, de les condamner à terme.
(Cela ne concerne que les débats à effectif limité (dix, quinze personnes), les plus sensibles et les plus vulnérables aux attitudes individuelles.)
Un point de vue souvent entendu : chacun doit être « accepté comme il est », y compris avec son asociabilité, ses « problèmes ». J'y ferai deux objections. D’abord, cela revient à constituer le café philo en SOCIETE FERMEE. Imaginons – ce qui serait éminemment souhaitable ! – la présence de nouvelles personnes. Si elles doivent supporter des attitudes de vulgarité, d’agressivité ou de jugement, elles ne reviendront pas.
Enfin, l’autre objection montre que le devenir des cafés philo dépend, d'abord, de la qualité des débats et de celle des animations. En effet, une qualité d’implication intellectuelle, assumée par l’animateur et par les participants, rend très improbables les attitudes délétères. LA RAISON N’EXCLUT PAS LE CŒUR, elle l'aiderait plutôt !
Finalement, les cafés philo ne tiendront la route que si l’on y pratique vraiment de la PHILOSOPHIE. Depuis leurs origines, philosophie et démocratie sont décidément inséparables.

Alain
Tag(s) : #Philosophie

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