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La petite phrase berlinoise de Raymond Aron pourrait à bien des égards servir de devise à tout philosophe qui se respecte. En effet, si l’on part du principe que la philosophie est une recherche de la vérité, le philosophe doit assumer le risque d’être en contradiction avec l’opinion commune. C’est pourquoi le philosophe se doit d’être à l’aise avec la pensée paradoxale dans la mesure où cette dernière précisément heurte de plein front la doxa. Dans le meilleur des cas, de son vivant le philosophe passe toujours plus ou moins pour un fou et dans le pire des cas il passe pour un pervers ! Et généralement lorsqu’une société donnée ne parvient plus à  faire passer le philosophe pour un fou, elle songe à le faire périr…à moins qu’elle ne se contente de le transformer en simple produit de consommation !
Socrate, le père de la philosophie a aussi été son premier martyre, condamné à mort par la démocratie athénienne pour corruption de la jeunesse et athéisme. Tant que Socrate se contentait d’incarner la naïveté philosophique en déclarant qu’il ne savait rien hormis sa propre ignorance, il passait pour fou. Mais dès lors qu’il s’est mis à manier l’ironie en humiliant ses arrogants adversaires, il est apparu subversif. Et de fait, la parole de vérité est profondément subversive pour toute société humaine car il n’y a pas de société possible sans un mensonge fondateur comme l’a remarquablement montré René Girard. Le mensonge fondamental de la cité athénienne implicitement dénoncé par Socrate à travers le dialogue du Ménon était l’esclavagisme. Comment les dirigeants athéniens pouvaient accepter que Socrate démontre qu’un simple esclave était capable de donner une définition géométrique difficile ! Mais les accusateurs de Socrate à l’image du sinistre Anytos se sont bien gardés d’avouer la vraie faute qu’il lui reprochait, d’où l’invention ridicule de crimes qui n’avaient aucun sens dans l’Athènes permissive de cette époque…D’ailleurs, si Platon n’a pas voulu assister au jugement de Socrate, prétextant la maladie, c’est qu’il connaissait très bien la raison réelle de l’accusation et qu’il n’avait pas très bonne conscience ! Il est évident que le second Platon après la mort de Socrate n’est plus le même homme…
Ce n’est pas le fait du hasard si Sören Kierkegaard est entré en philosophie à travers sa thèse de doctorat sur Le concept d’ironie rapporté à Socrate. En effet, pour le penseur Danois Socrate est l’incarnation vivante de l’ironie, c’est-à-dire du passage du stade esthétique au stade éthique de l’existence. Or, le « Socrate du Nord » s’est montré un virtuose dans l’art de l’ironie la plus mordante. Kierkegaard a réussi le tour de force de se mettre à dos toute l’opinion publique du Danemark à l’image de son  bras de fer avec une presse nationale qui n’a cessé de le traîner dans la boue. Avec son talent de pamphlétaire, le solitaire de Copenhague est venu précisément dire aux Danois ce qu’ils ne voulaient pas entendre. Sur le plan philosophique Kierkegaard est venu dire à son peuple que le « Système » de Hegel était une supercherie intellectuelle, ce qui n’a pas été du goût de l’intelligentsia danoise du moment très marquée par l’hégélianisme. Et sur le plan théologique, il a dénoncé haut et fort l’inanité et l’hypocrisie de l’Eglise luthérienne comparé à une parodie de christianisme. Seul le roi du Danemark lui a accordé son soutien en l’invitant à son palais pour un entretien privé. Kierkegaard a pleinement assumé son mépris pour la foule à travers son œuvre et sa vie. On peut même se demander jusqu’à quel point il n’a pas recherché volontairement le martyre à l’image de ses deux maîtres incontestés : Jésus et Socrate ! Le drame suprême pour Kierkegaard aura certainement été de vivre dans une des sociétés les plus tolérante et libérale  qui n’a jamais existé… Socrate et Jésus ont été écouté par la foule, quitte à périr sous la main des chefs. Kierkegaard au contraire n’a pas été entendu par la foule et du coup il a reçu le soutien du roi…         
  1.        « La paresse intellectuelle que favorise l’opinion commune est le principal obstacle à la vérité »   Schopenhauer
  2. Jean Luc Berlet


Note à propos de démaogie:
Démagogie : démos : le peuple et ago : conduire, est une notion politique et rhétorique désignant l'art de mener le peuple en s'attirant ses faveurs, notamment en utilisant un discours simpliste, occultant les nuances, utilisant son charisme et dénaturant la vérité.
Le discours du démagogue sort généralement du champ du rationnel pour s'adresser aux passions, aux frustrations de l'électeur. Il recourt en outre à la satisfaction des souhaits ou des attentes du public ciblé, sans recherche de l'intérêt général mais dans le but unique de s'attirer la sympathie et de gagner le soutien. L'argumentation démagogique est délibérément simple afin de pouvoir être comprise et reprise par le public auquel elle est adressée. Elle fait fréquemment appel à la facilité voire la paresse intellectuelle en proposant des analyses et des solutions qui semblent évidentes et immédiates.
Le terme démagogie aujourd'hui est largement perçu avec une connotation péjorative. En effet, l’étymologie du mot grec traduit plutôt le terme démagogue comme celui qui éduque, qui conduit le peuple.
Souvent confondue avec le terme populisme, la démagogie se différencie de celui-ci dans la mesure où elle renvoie à l'idée de "dire au peuple ce qu'il veut entendre" (d'où l'utilisation de termes simplistes), alors que le populisme renvoie à l'idée de "faire ce que le peuple souhaite".
Le démagogue est souvent conduit à « L'effet Narcisse », cet effet résulte d'une constatation : identifier ses propres préjugés dans un discours suscite le bien-être.
Pisistrate (en grec ancien Πεισίστρατος / Peisistratos), tyran d'Athènes, né vers -600, mort en -527. Fils de l'eupatride Hippocrate, Pisistrate s'empara du pouvoir par la ruse, en occupant l'Acropole (-561), et fut le dernier tyran d'Athènes. Par son œuvre d'homme politique et d'homme d'État, il a arraché définitivement Athènes à la domination de l'antique oligarchie aristocratique et préparé, par une politique extérieure nouvelle et audacieuse, la domination militaire et commerciale d'Athènes en mer Égée, condition préalable à l'instauration de la démocratie et à l'apogée de la puissance athénienne au Ve siècle, le « siècle de Périclès ».


Tag(s) : #Textes des cafés-philo

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