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07-518499.jpg « Si l’homme est venu à fixer des images, c’est qu’il les découvraient autour de lui presque formées, déjà à portée de la mai. Il les voyait dans un os, dans la bosselure d’une caverne, dans un morceau de bois… Une forme lui suggérait une femme, l’autre un bison, un autre encore la tête d’un monstre. »
Picasso , converstion avec Brassaï
Cet enfant à chance de devenir philosophe qui très tôt, s’intéresse aux devinettes ; si la devinette résiste, elle passe énigme, parole et question obscure, redoutable et sacrée. Or il y a deux sortes de devinettes et à la suite deux espèces d’énigmes. La première interroge : « qu’est ce qui ? » et propose brusquement, dans son provisoire silence, l’objet d’une recherche. L’autre demande : « comment il se peut ? » ou « comment il se fait ? » que se passe quelque chose : cet « il » prend le relais du divin, qui sommeille dans la simple devinette, et déjà présuppose le clair déroulement d’un phénomène, le projet scientifique, déjà l’énigme s’éloigne. Entre la devinette et l’énigme, plus sérieuse et moins décisive, se pose la question.
Une devinette qui résiste quinze siècles se transmet et se répète sans s’effacer, sans supprimer l’étonnement initial n’est pas un phénomène moins étrange que celui des millions d’années évoquées par les fossiles ou la minute de décision qui vous sauve ou vous perd. Une telle devinette où quinze siècle surgissent se trouve chez Saint Augustin et Husserl, le dernier se référant au premier, reprenant à la lettre la devinette la faisant passer du latin à l’Allemand :
« Qu’est ce que cela que je sais quand personne ne me le demande, mais si je veux l’expliquer à qui me demande, je ne le sais pas ? »
« si nemo, a me quaerat scio ; si quarenti explicare velim nescio »
Il y a une phrase du christ, une phrase de saint Paul qui dit :
«  Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé. »
C’est une phrase que Pascal va reprendre. On a là, à faire avec un vieux thème qui commence avec le « Banquet» de Platon. Lui-même dit : 
« On ne peut chercher que ce que l’on sait devoir être cherché. »
On ne peut pas chercher dans l’inconnu totalement. Il y a cette idée que l’on trouve chez Augustin, c’est-à-dire, c’est parce que l’on a trouvé Dieu qu’on le cherche ? Qu’est ce que ça veut dire, c’est parce que l’on a trouvé Dieu qu’on le cherche ? Là se pose la question du Dieu infini, plus je le cherche, plus je le trouve et plus je le trouve plus je le cherche. Donc c’est une manière de mettre en place une dynamique. On retrouve ici un thème qui est important et qui va paraître chez les pères de l’église et dans la théologie négative. Dieu n’est pas tant le point d’aboutissement de quelque chose. Denis l’Aréopagite dira :
« Moins je connais Dieu plus je le connais. »
À ce moment, on rentre dans un nouvel espace, un espace infini, vivant. Pourquoi l’angoisse existentielle ? Parce que, c’est nouveau, l’on n’a pas l’habitude de percevoir Dieu comme infini et comme vivant, mais plutôt comme une substance immobile qui serait la fin de toutes les inquiétudes humaines. En fait le dieu qui se met en place et le dieu des vivants et non des morts. Il est un dieu l’inquiétude et non un dieu de la quiétude.
Augustin fondateur de l’existentialisme.
Avec Augustin, nous découvrons une nouvelle idée, un nouvel espace thématisé par Pascal puis Kierkegaard disant : l’existence de l’homme est le témoignage infini de l’existence de Dieu, c’est-à-dire que l’homme est la plus belle preuve de l’existence de Dieu. Pourquoi ? Parce que l’expérience humaine montre la chose suivante : en dépit du mal, de la souffrance et de la mort les hommes vivent, ils aiment la vie, ils veulent exister. Il y a quelque chose qui les fait vivre malgré tout, et la nous ne sommes plus dans une preuve de Dieu par la nature, nous sommes plutôt dans une preuve de Dieu qui amène, qui est déjà un pas, vers l’existentialisme. Nous sommes dans un paysage nouveau, passionnant, l’expérience même de la vie. Nous avons dans la patristique et dans Augustin les prémisses de quelque chose qui va être repris par Pascal et Kierkegaard et par les plus grandes interrogations de Heidegger et de l’homme moderne voulant réfléchir philosophiquement en physicien ou en astrophysicien, mais à partir de l’expérience de la vie. La philosophie devient ici une aventure. Il se pourrait qu’en faisant l’expérience de moi-même je débouche sur une existence imprévue. Nous quittons le monde de la banalité et nous rendons passionnante l’aventure humaine.
Le problème dans la pensée antique, est la définition de la nature, savoir si oui ou non dans la nature il y a un principe qui est stable. Parménide, reliant la réalité à l’être, « l’être est », cela veut dire la réalité existe bien. Ou si on est dans l’instabilité totale, Héraclite, tout se transforme dans le monde. Platon, Aristote vont dans le sens de l’être et de la substance qui essayent de montrer que derrière les apparences il y a quelque chose qui permet de prendre conscience des apparences et de pouvoir ainsi avoir une connaissance. Alors qu’est ce qui se bascule avec Augustin ? C’est que l’on passe de la substance au sujet, on passe de l’entéléchie à l’homme à travers cette méditation prodigieuse sur le temps qui est la sienne ou tout d’un coup, celui-ci repose toute la philosophie antique à partir du sujet et de l’homme, en ce sens Saint Augustin est le premier héros de la modernité. On a coutume d’opposer sujet et objet en voyant dans ce qui est subjectif, quelque chose de non objectif qui empêche de penser. C’est l’inverse qui est vrai. Quand on est profondément subjectif, en vivant ce que l’on vit et en pensant ce que l’on pense, non seulement on se met à penser, mais en outre on est dans l’action même de la vie. C’est la découverte que fait Augustin. Une découverte que l’Antiquité a soupçonnée, sans aller jusqu’au bout, faute d’oser le sujet et son lien avec Dieu. Augustin a découvert que le sujet qui est la vie vivante en acte est le moyen privilégié d’accéder à la connaissance de la vie qui est action.
La philosophie n’est pas un objet mais une source. Elle n’est pas simplement un commencement, mais une origine. Il y a dans l’homme une source de vie venant de plus loin que l’homme. C’est elle qui incite à philosopher en faisant se poser des questions. En faisant s’étonner, la philosophie ne surgissant pas qu’à l’occasion d’un malheur. Augustin a cherché la sagesse parce qu’il a été trouvé par une vie plus haute, donnant ainsi raison à cette phrase déjà citée :
« Tu ne chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé. »
D’où son originalité si la philosophie est affaire de raison afin d’accéder à la vérité ainsi qu’à la sagesse, elle est aussi affaire de désir en quête de bonheur. Raison et désir débouchent sur la pensée heureuse. C’est elle qu’Augustin a ressenti comme un appel.

« Si dieu me dit : j’ai dans la main droite la vérité, la fin dernières des choses, dans la main gauche, le chemin, le combat qui mène à cette à cette vérité. Que choisis tu toi ? »
Choisi la main gauche.

Illustration:
Saint Augustin
Vers 1480.
Sandro Botticelli 
Tag(s) : #Textes des cafés-philo

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