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« Ce n’est pas l’art qui imite la nature, mais la nature qui imite l’art ». 
Oscar Wilde

Cette question peut-être comprise en deux sens que nous allons distinguer à travers une référence classique et une référence actuelle. Le premier sens de la question est celui que lui donne Oscar Wilde à travers son idéal dandy. Le dandy est celui qui choisit de se prendre soi-même comme une œuvre d’art. Il se fait son propre sculpteur à travers l’élégance du geste, l’originalité du vêtement et le bon goût artistique. Le dandy vient d’un milieu aisé qui lui épargne la « dégradation » du travail. C’est pourquoi, le dandy est rarement lui-même artiste, mais il est toujours l’ami des artistes. Dans l’œuvre littéraire d’Oscar Wilde, c’est incontestablement la figure de Dorian Gray qui constitue l’incarnation la plus accomplie du dandy. Mais le célèbre roman d’Oscar Wilde est aussi une fable morale qui dénonce la cruauté potentielle de l’idéal esthétique du dandy. Toutes les flétrissures morales de Dorian Gray se  reportent magiquement sous forme de laideur sur le portrait qu’a réalisé son ami peintre. C’est lorsque sa cruauté d’esthète cause la mort d’une femme que Dorian Gray prend conscience de la corruption morale de son âme. L’actrice de théâtre Sybille Vane s’était éperdument amourachée de lui, mais c’est l’actrice incarnant magistralement la femme éternelle que Dorian aimait et non la femme réelle. La belle actrice a abandonné le théâtre pour se consacrer entièrement à l’amour, mais déçu par l’épreuve du réel, Dorian l’a quitté sans ménagement et elle s’est suicidée ! Cependant Dorian Gray  n’est pas fondamentalement un salaud mais plutôt une âme naïve qui s’est laissé piégé par le diabolique Lord Henry qui lui a proposé l’odieux pacte. C’est pourquoi, lorsqu’il découvre enfin son visage enlaidi par le mal qu’il a fait en découvrant le voile de la toile, il met fin à ses jours…

C’est fort significativement par une tentative de suicide que débute le roman de Eric-Emmanuel Schmitt Lorsque j’étais une œuvre d’art. Le renvoi de ce roman au Dorian Gray de Oscar Wilde est évident. Mais cette fois, ce n’est pas le « héros » qui est l’auteur de son œuvre, mais son « Bienfaiteur » qui le sauve du suicide. C’est un peu comme si  Schmitt avait choisi de renverser l’histoire de Wilde en l’adaptant à l’esprit de notre temps, le diabolique Zeus Peter-Lama remplaçant Lord Henry et le narrateur du roman étant aussi laid et insignifiant que Dorian était beau et intéressant…Le « héros » du roman vit dans l’ombre de ses frères jumeaux, les frères Firelli célèbres pour leur beauté exceptionnelle. Zeus, qui souffre d’un évident complexe de Dieu lui propose de prendre sa revanche sur le destin en devenant une œuvre d’art à l’originalité incomparable. La fausse mort de Firelli est organisée afin que le créateur fou ait toute latitude pour faire de sa « chose » ce qui lui plaît à travers la signature d’un pacte qui rappelle Faust. L’histoire se déroule dans une île dont le nom n’est pas précisé ce qui rappelle les récits utopiques du passé. En nommant sa créature Adam bis Zeus ne fait rien d’autre que de créer une nouvelle Utopie basée sur l’Art total. A l’inverse du scénario de Wilde dans Le portrait de Dorian Gray, le scénario de Schmitt dans Quand j’étais une œuvre d’art raconte la rédemption de Tazio Firelli après le désespoir du départ. C’est l’amour d’une femme, la belle Fiona qui le sauve des griffes du Diable un peu comme dans Faust. En même temps, le livre de Schmitt est une dénonciation caustique de la dérive marchande de la société moderne où tout devient produit de consommation.

Dans une société de plus en plus gagnée par le sentiment de l’absurde et de l’insignifiance, l’idée de faire de soi une œuvre d’art tend à devenir le pseudo refuge pour la construction d’un sens. Le mal de notre début de siècle est ce besoin viscéral d’attirer l’attention du regard d’autrui pour échapper au néant…Nous vivons à l’ère de la dictature du look !

Biblio : O. Wilde, Le portrait de Dorian Gray – E.E Schmitt, Quand j’étais une œuvre d’art
                                                                                                                        
Jean-Luc  Berlet  
philosoph’art du 17 /11/ 07)
 
     
Tag(s) : #Textes des cafés-philo

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