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Jean Siméon Chardin; Bulles de savon (1734), New York, Metropolitan Museum of Art.

Jean Siméon Chardin; Bulles de savon (1734), New York, Metropolitan Museum of Art.

 

« Un homme d’esprit sent ce que d’autres ne font que savoir »  Montesquieu  

 

   Dans le prolongement de la citation de Montesquieu, on dira que l’intuition sent tandis que l’intelligence sait. Or, comme nous le suggère l’auteur de L’esprit des Lois le fait de sentir s’avère dans bien des cas supérieur au simple fait de savoir. L’histoire est là pour nous rappeler que les créateurs de génie ont tous été des êtres qui sentent avant d’être des êtres qui savent. Même Einstein reconnaît que ses découvertes les plus décisives ont été le fruit de son intuition avant d’être confirmés par la théorisation scientifique…

   Spinoza ne dit rien d’autre lorsqu’il fait l’éloge du troisième genre de connaissance qui se confond avec l’intuition. Pour le philosophe d’Amsterdam, la connaissance intuitive est supérieure à la connaissance rationnelle car elle permet d’affranchir la distance qui sépare le sujet de la connaissance de son objet. C’est avec pertinence que Spinoza prend l’exemple de la peinture pour nous montre ce qu’il entend précisément par une telle connaissance intuitive. Ainsi, le célèbre tableau de son ami Vermeer, La jeune fille à la perle nous révèle bien mieux l’essentiel de ce qu’est la jeune fille que tous les traités les plus érudits sur ce thème. Bref, tout se passe comme si la peinture permettait d’accéder magiquement au mystère de l’être en nous donnant une vue intuitive de la réalité qu’elle représente. N’oublions pas que le mot d’intuition, intuitere en latin renvoie au sens de la vue. L’intuition serait ainsi une vision spontanée d’une réalité. Or, selon Spinoza l’art, et tout particulièrement la peinture constitue le moyen privilégié pour accéder à une telle connaissance intuitive…

Henri Bergson a prolongé l’intuition géniale de Spinoza en nous donnant cette caractérisation si limpide de l’intuition comme fusion sympathique entre un sujet et un objet. Pour le philosophe parisien, l’intuition est le complément nécessaire à l’intelligence chez l’être humain dans la mesure où elle constitue un pont vers l’instinct animal. De fait,  l’intuition serait une sorte de synthèse entre l’intelligence et l’instinct, ce qu’on retrouve aujourd’hui dans ce qu’on appelle l’intelligence émotionnelle. Pour Bergson, l’humanité serait passée trop brusquement de son état  instinctif à son état intelligent, ce qui aurait créé un traumatisme dont on ne s’est  pas encore remis aujourd’hui. Or, l’intuition  serait selon Bergson cette voie médiane qui  permettrait de concilier l’instinct et l’intelligence. Le philosophe de l’Elan vital s’est d’ailleurs intéressé de près aux phénomènes parapsychologiques comme la télépathie, la télékynésie, la prémonition et les tables tournantes…Or, tous ces phénomènes peuvent être rattachés  à une forme d’intuition.

  En définitive, si l’on peut raisonnablement faire l’éloge de l’intuition, il n’en  demeure pas moins que l’utilisation de ce terme séduisant d’intuition peut aussi s’avérer dangereux dans certaines circonstances. Le caractère un peu vague de la notion d’intuition peut ainsi être la porte ouverte à toutes sortes de dérives charlatanesques. Le rationalisme morbide et l’invasion technique dénoncée à juste titre par des penseurs comme Heidegger ne doit pas nous faire oublier que ce même philosophe s’est  laissé séduire par les sirènes du nazisme en écoutant son intuition…

 Jean luc Berlet, 

(café-philo du 18 juillet 2016)

 

       

Biblio : Henri Bergson, L’Evolution créatrice – Bernard Werber, L’Ultime secret.        

       

   

 

                                                  

 

 

   

 

       

 

                                                 

     

                               

         

 

   

 

 

 

                                 

    

 

 

   

 

    

                                          

 

          

     

Tag(s) : #Textes des cafés-philo

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