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« Il est sage de n’accuser que soi-même de ses malheurs » Epictète.

Café philo à venir le lundi 4 juillet;

 

« Il est sage de n’accuser que soi-même de ses malheurs »

Epictète.

 

L’auteur de la réflexion à venir nous communique la source de sa citation;

 

Ce ne sont pas les choses qui troublent les hommes, ce sont les opinions qu’ils en ont, et leurs préjugés qui les tourmentent. La mort en soi n’est point un mal : car si elle était si redoutable, elle aurait paru telle à Socrate. Ce n’est que l’opinion qu’on a de la mort, qui la rend si affreuse ? Quand nous sommes dans le trouble, ou que nous tombons dans quelque embarras, il ne faut point en accuser les autres, il ne faut nous en prendre qu’à nous-mêmes et nos préjugés. Il n’appartient qu’à un homme peu instruit et peu éclairé, de rejette sur les autres la cause de ses propres malheurs; c’est commencer d’avoir quelque teinture de la sagesse, de n’accuser que soi même de ses disgraces; mais c’est être sage de ne se plaindre ni de soi-même ni des autres.

 

Les caractères d’Épictète, traduit du grec, avec l’explication du tableau de Cebes, par M. l’Abbé de Bellegarde Nouvelle Edition M.DCC. LXXII (1772).

 

Voici l’original grec 

 

Ταράσσει τούς άνθρώαπυς ού τά πράγματα , άλλά τά περί τών πραγμάτων δόγματά. Οίον, ό θάνατος ούδέν δεινόν, έπεί καί Σωκράτει άν έφαίνετο. Αλλά τό δόγμα τό περί τού θανάτου, διότι δεινόν, έκείνο τό δεινόν έστιν. Οταν ούν έμποδιξώμεθα, ή ταρασσώμεθα, ή λυπώμεθα, μηδέποτε άλλον αίτιώμεθα, άλλ΄ εαυτούς, τούτ έστι τά έαυτών δόγματα. Απαιδεύτου έργον τό άλλοις έγκαλείν, εφ΄οίς αύτός πράσσει κακώς ήργμένου παιδεύεσθαι, τό έαυτώ’ πεπαιδευμένου, τό μήτε άλλψ, υμητε εαυτω.

 

Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses elles-mêmes, mais les opinions qu’ils se font d’elles. Ainsi la mort n’est pas un mal: elle n’ a point paru telle à Socrate. Mais l’idée que nous nous faisons que la mort est un mal, voila le mal véritable. Lors donc que nous sommes traversés, troublés ou affligés, n’accusons personne que nous-mêm, ou pour mieux dire nos opinions. Accuser les autres de ses malheurs est le fait de l’ignorant; s’accuser soi-m^me, le fait de celui qui commence à s’instruire; n’accuser ni les autres ni soi-même est le propre du sage 1.

 

1- N’y-a-t-il point là un reste d’orgueil du vieux stoïcien et du fatalisme de l’école? Le sage d’Epictète ne s’accuse pas lui-même, sans doute parce que s’il n’a pas bien fait, c’est pour, c’est qu’il ne le pouvait pas: il en avait été autrement par Jupiter et la destinée , qui ont réglé par avance les vertus et les vices.

 

Manuel d’Epictète, texte grec et traduction française en regard, par Henri Joly, 1904, huitième édition, page 6à 9.

« Il est sage de n’accuser que soi-même de ses malheurs » Epictète.

Le philosophe esclave Ἐπίκτητος (Epictète) n’a sans doute pas composé d’œuvre pour la postérité. Son enseignement nous a été transmis grâce à son disciple Ἀρριανός (Arrien). Ce philosophe et homme d’État affirme être à l’origine de certains Entretiens de son maître et du Manuel qui en est issu.

Dans une lettre d’Ἀρριανός adressé à un certain Lucius Gellius, l’auteur y définit le rôle qu’il a joué dans la survie des propos d’Ἐπίκτητος, (τονς Επικτητου λογουςμ), moi je ne les ai ni rédigés ni publiés. « Tout ce que j’entendais de ses lèvres, j’ai tenté de le mettre par écrit, tel quel, autant que possible dans les termes mêmes, afin de garder à ma disposition, pour l’avenir, des souvenirs de sa pensée et son franc-parler ».

Ces propos précise-t-il, ont l’allure d’un échange « spontané avec un autre, non d’une œuvre rédigée à l’intention de futurs lecteurs ». « Je ne sais, ajoute Ἀρριανός, comment des notes dans cet état sont tombées dans le public, malgré moi et à mon insu ».

Dans cette lettre, Ἀρριανός parle constamment de « propos » et n’emploie pas « entretien » διατριβα. Mais ces « propos » qu’Ἐπίκτητος tenait « avec le seul désir d’exciter à mieux l’esprit de ses auditeurs », semblent bine désigner des entretiens, du genre de ceux où la lettre à Lucius Gellius se trouve insérée.

Une autre lettre d’Ἀρριανός , interprétée par Simplicius, appelle cette identification. Le philosophe néoplatonicien du VIe siècle introduit un long commentaire du Ἐγχειρίδιον Επικτήτου, (en Grec ancien, « enkheiridion » désignant « ce que l'on garde sous la main ») en appelant Ἀρριανός, « celui qui a composé, en livres abondants, les « Τας τού Επικτητου διατριβας » d’ Ἐπίκτητος. Parlant ensuite du Manuel, Simplicius poursuit : « Quant à ce livre-ci, qui est intitulé Manuel d’Epictète Ἐγχειρίδιον, celui-ci aussi, Ἀρριανός le composa en choisissant dans les propos d’Epictète les pensées les plus opportunes et le plus utile, en matière de philosophie, et les plus stimulantes pour les âmes, comme Ἀρριανός l’écrivit lui même dans sa lettre à Massalénos, à qui aussi il dédia le recueil, à la fois comme à son ami très cher et, surtout, admirateur d’Ἐπίκτητος. On trouve les mêmes pensées à peu près dans les mêmes termes, dans le « rapport » qu’écrit Ἀρριανός des Entretiens. Le Manuel serait constitué d’extrait quasi textuel des « propos » d’Ἐπίκτητος, rassemblé aussi par Ἀρριανός en une œuvre appelée Entretiens.

Cet héritage ne peut cependant se limiter aux œuvres transcrites par Ἀρριανός : des Entretiens en quatre livres et le bref Manuel. Déjà Marcus Ælius Aurelius Verus, Marc Aurèle, utilise un Ἐπίκτητος qui ne peut s’y enfermer. Une trentaine d’autres fragments y échappent aussi.

La première explications est que les Entretiens recueillis par Ἀρριανός aient comporté plus que quatre livres. Le Manuel, que le disciple présente comme un recueil de morceaux choisis tiré d’Entretiens et dont le texte se trouve effectivement, dans les quatre livres, contient des développements qui n’y n’ont pas de correspondant.

L’antiquité tardive rapport d’autres textes sous le nom d’Ἐπίκτητος, sans lien apparent avec Ἀρριανός. Stobée cite quatre extraits de απομνημονευματων (apomnimonevmaton) Mémorables d’Ἐπίκτητος.

Marc Aurèle ne mentionne pas Ἀρριανός, il dit devoir à Junius Rusticus « d’avoir lu les souvenirs épictétéens τοις επικτητειοις ύπομνήμασινμ αθι qui lui a donné en communication ».

Mémorable, απομνημονευματων, souvenirs ύπομηματα, cours, σχολαι sont trois termes très répandus dans l’Antiquité pour couvrir des genres littéraires liés à l’enseignement d’un maître. Le poète doxographe Διογένης Λαέρτιος, Diogène Laërce regroupe en trois lignes tous les termes évoqués ici autour d’Ἐπίκτητος : « deux livres de Protreptiques…six de σχολαι, sept de διατριβα sur la sagesse… des ύπομηματα sur la vaine gloire, trois livres d’απομνημονευματων ». Il n’est pas étonnant qu’un personnage aussi célèbre qu’Ἐπίκτητος, connu de Marcus Ælius Aurelius Verus et vanté dès sa mort par le grammairien Aulus Gellius, (Aulu-Gelle) comme le plus grand des stoïciens et même le plus grand des philosophes se voie attribuer de telles œuvres.

Qu’il y ait à l’origine différents témoignages qui nous soient parvenus, uniquement des Entretiens d’Ἀρριανός, avec le Manuel qui en découle, ou en plus, d’autres notes, il en reste que seuls quatre livres d’Entretiens et le bref Manuel, découpé diversement, de 50 à 79 chapitres, selon les éditions, nous ont été transmis comme des entités par tradition directe. Si célèbre que fût Ἐπίκτητος, ses entretiens sont peu utilisés dans l’Antiquité. Il est remarquable que toute la tradition manuscrite soit dépendante du seul codex Boldeianus du XI XIIe siècle. Le Manuel est mieux représenté et il eut la chance d’être commenté, au VIe siècle, par Simplicius. Par cette voie ou directement le Manuel pénétra aussi dans le monde arabe au IXe siècle. Il est exploité et cité sans nom d’auteur, chez الصبّاح الكند, al-Kindi, le perse ابن مسكوويه, Miskawyh, ابوبكر محمّد زکرياى رازى Rhazès et ابن سينا Avicenne. Il est aussi solidement installé chez les chrétiens.

Tag(s) : #Textes des cafés-philo

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