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   « La différence entre l’être humain et le robot n’est peut-être pas aussi significative que celle qui oppose l’intelligence et la bêtise » 

 

                    Isaac Asimov 

 

Le romancier de science-fiction Isaac Asimov est un fervent défenseur du progrès technologique qui voit d’un œil favorable l’émergence de l’intelligence artificielle et de la robotique. L’auteur du célèbre roman I robot adapté au cinéma est aussi un fervent sympathisant du mouvement transhumaniste né en Californie en 1969.

 

Ce mouvement fondé par John Esfandiery, un ingénieur en informatique, prône l’amélioration de l’humanité à travers le recours décomplexé aux technosciences et à la génétique. Pour les adeptes du transhumanisme parfois assimilé à une secte scientiste, il vaut mieux un bon robot qu’un mauvais humain. Cependant, le rêve prométhéen des transhumanistes n’est pas tant de remplacer les hommes par des robots que de parvenir à une fusion harmonieuse entre l’humain et la machine. Ainsi le transhumanisme garde un lien avec l’humanisme par sa volonté affichée de rendre l’humanité plus forte, plus heureuse, plus belle et plus altruiste

 

L’antithèse radicale au point de vue transhumaniste d’Asimov se retrouve chez le romancier catholique Georges Bernanos, auteur de La France contre les robots. Pour l’auteur de Sous le soleil de Satan, le pire des hommes vaudra toujours mieux que le meilleur des robots. Bernanos met la liberté au-dessus de tout et du coup pour lui le choix du mal vaudra toujours mieux, encore, que l’absence de choix. Bernanos a d’ailleurs constaté en son temps que la société de consommation était en train de transformer les humains en robots consuméristes. Or, le métro-boulot-dodo de notre société n’a fait qu’accentuer encore un peu plus cette robotisation de l’homme moderne…

 

Dans son ouvrage Cosmos incorporated, le romancier Maurice Le Dantec a décrit un monde futuriste où les humains et les robots cohabitent sans qu’il ne soit toujours facile de faire la différence entre les uns et les autres. Dans son histoire il y a de bons et de mauvais robots ainsi que de bons et de mauvais humains. C’est un peu comme si Le Dantec en catholique passionné de science-fiction avait voulu faire une sorte de synthèse entre Asimov et Bernanos. En tout cas c’est avec un humour exquis qu’il se moque des nouveaux fanatiques de la performance sexuelle en nous rappelant que sur ce plan le plus primaire des robots sexuels du futur sera toujours plus performant que l’homme le plus dopé d’amphétamines et autres aphrodisiaques. Bref pour Le Dantec, l’émergence des robots sexuels pourrait avoir pour effet étonnant de réhabiliter les valeurs religieuses de chasteté et de fidélité…       

     

Jean-Luc Berlet

 (café-philo du 15 février 2016)

   

 

   

    

                               

         

 

   

 

 

 

                                 

    

 

 

   

 

    

                                          

 

          

     

Are you alive?                Êtes vous vivants?

 

Yes                         Oui

    

Prove it…                    Prouvez le…

  Le terme robot est issu des langues slaves et formé à partir du radical работа en russe (rabot, rabota) qui signifie travail, corvée que l'on retrouve dans le mot раб (Rab), esclave en russe. Ce radical présent dans les autres langues slaves (ex. : travailleur = robotnik en polonais, работнік en biélorusse, pracovník en tchèque) provient de l'indo-européen orbho- qui a également donné naissance au gotique arbais signifiant besoin, nécessité, lui-même source de l'allemand Arbeit, travail .

Il fut initialement utilisé par l’écrivain tchécoslovaque Karel Čapek, né le 9 janvier 1890 à Malé Svatoňovice dans la région de Hradec Králové en Bohême et mort le 25 décembre 1938, dans sa pièce de théâtre R. U. R. (Rossum's Universal Robots) en 1920. Cette pièce fut jouée pour la première fois en 1921. Bien que Karel Čapek soit souvent considéré comme l’inventeur du mot, il a lui-même désigné son frère Josef, peintre et écrivain, comme étant l’inventeur réel du mot. Ainsi certains assurent que le mot robot fut d’abord utilisé dans la courte pièce Opilec de Josef Čapek (The Drunkard), publiée dans la collection Lelio en 1917. Selon la Société des frères Čapek à Prague, ce serait néanmoins inexact. Le mot employé dans Opilec est automate, alors que c'est bien dans R.U.R. que le mot robot est apparu pour la première fois.

La première traduction française de cette pièce, établie par Hanuš Jelínek, était intitulée Rezon's Universal Robots. La pièce fut créée à la Comédie des Champs-Élysées le 26 mars 1924, direction Jacques Hébertot, avec MM. Antonin Artaud, Ben Danou, Jean Hort, Fabert et Héraut.

La pièce se déroule dans l'avenir, dans l'usine de fabrication de robots R.U.R. Les robots de la pièce sont proches de ce qu'on appelle aujourd'hui des androïdes ou des clones : ce sont des machines biologiques à l'apparence humaine, à l'origine dénuées de sensibilité et de sentiments, et fabriquées dans une usine située dans une île. Afin de les rendre moins fragiles et plus polyvalents, l'ingénieur de R.U.R les dote d'une sensibilité limitée et d'une intelligence un peu plus développée. Au bout de dix ans, ils finissent par se révolter et anéantir l'humanité. À la fin de la pièce, après avoir perdu le secret de leur fabrication, deux d'entre eux découvrent l'amour et le dernier être humain leur remet la responsabilité du monde.

Alors que les « robots » de Karel Čapek étaient des humains organiques artificiels, le mot robot fut emprunté pour désigner des humains « mécaniques ». 

Le terme androïde peut signifier l’un ou l’autre, alors que le terme cyborg, « organisme cybernétique » ou « homme bionique » désigne une créature faite de parties organiques et artificielles.

Quant au terme robotique, il fut introduit dans la littérature en 1942 par Isaac Asimov dans son livre Runaround. Il y énonce les « trois règles de la robotique » qui deviendront par la suite « les trois lois de la robotique ».

 

Un androïde désigne ce qui est de forme humaine, étymologiquement ce « qui ressemble à un homme ».

En science-fiction, un androïde est un robot construit à l'image d'un être humain, stricto sensu, andros désigne l'homme au sens masculin, mais même si humanoïde est parfois utilisé en alternance avec androïde, on n'hésite pas à parler d'androïde pour un robot à l'image d'une femme — quoique gynoïde soit quelquefois employé. Le terme anthropoïde étant préférable, car neutre. Mais seul « androïde » évoque spontanément l'image d'une machine alors que les autres termes ne font pas clairement la distinctions par rapport à tout être anthropomorphe. 

Un androïde est à distinguer d'un cyborg qui est un organisme dont on a (re)construit l'organisation en fonction des logiques du vivant, généralement représenté par une créature qui mêle des parties vivantes et mécaniques.

 

Le concept d'androïde ne peut être dissocié de l'anthropomorphisme. C'est-à-dire la projection de l'image de l'être humain sur un objet réel ou imaginaire

Wang Zi Won, Mechanical Avalokiteshvara © Quai Branly

Wang Zi Won, Mechanical Avalokiteshvara © Quai Branly

Après l’immense succès de sa précédente exposition tatoueurs tatoués, le musée du Quai Branly revient en force avec Persona : étrangement humain jusqu’au 13 novembre prochain. Spiritisme, chasse aux fantômes, robotique, l’expo profite de son grand espace pour montrer comment et avec quelle facilité l’homme s’attache à des choses, des objets ou des phénomènes pour leur conférer une certaine humanité. Intelligent, complètement fou, bluffant. 

Le robot Berenson, qui analyse la réaction de ceux qu’il croise © Quai Branly

Le robot Berenson, qui analyse la réaction de ceux qu’il croise © Quai Branly

Persona, ae, féminin : masque, rôle, caractère. Un peu d’étymologie suffit pour le comprendre : mettre un pied dans la nouvelle expo du Quai Branly, c’est arriver dans un monde étrange. Un monde où tout est susceptible d’être plus que ce qu’il en a l’air, un monde ou quelque chose devient quelqu’un, du moindre ustensile de cuisine au plus perfectionné des robots. Voilà ce qui se cache derrière Persona : l’exploration des différents processus qui nous poussent à nous projeter par-ci, par-là et à donner une âme humaine à toutes sortes de choses et de phénomènes.

 

Il y a quelqu’un ?

 

D’entrée, un court-métrage installe le doute dans les esprits : « Qu’est-ce qui est là ? Qu’est-ce qui nous permet de savoir qu’il y a une présence ? ». Beaucoup de questions posées par l’homme invisible qui retentissent et se répètent à travers toute la première partie de l’exposition. Et, étrangement, la question se pose, réellement, très rapidement. Déstabilisé, on oscille entre des œuvres d’arts, des objets mystiques et des expériences scientifiques troublantes qui nous prennent au piège de notre propre imagination. L’une de ces expériences est un petit dessin-animé. Plusieurs formes bougent, un triangle, un cercle, un rectangle semblent interagir. A peine a-t-on le temps de lire et de comprendre qu’il s’agit de prouver que face a une telle situation, l’être humain invente systématiquement une histoire (et donne une personnalité à chaque forme) que d’autres visiteurs jugent (« dis-donc t’as vu, il est pas gentil ce triangle ! »). Effrayant de vérité. Derrière, une sculpture sublime, un Homo Luminoso composé de fibre optique dévoile subtilement une silhouette : quelques mètres et, déjà, on doute. Il y a quelqu’un ?

Christiaan Zwanikken, the good, the bad, the ugly © Quai Branly

Christiaan Zwanikken, the good, the bad, the ugly © Quai Branly

Personne es-tu là?

Arrivent ensuite les esprits, les vrais. Un bruit dans l’escalier, une table qui tourne, un coup de vent qui (comme par hasard) siffle et nous appelle à l’aide : dans l’invisible il y a du monde. Je dirai même plus, il y a « Personne »… (c’est bon vous l’avez ?). Après nous avoir bien fait douter, l’expo nous plonge donc dans l’histoire du spiritisme, des revenants, des fantômes, des divinités. Et ce qui en ressort est assez fou : du matériel, beaucoup, partout, parfois très élaboré pour entendre et discuter avec ces êtres invisibles.

Des lunettes de détection, une machine pour parler aux morts (par Thomas Edison tout de même) et, clou du spectacle, le matos d’un authentique chasseur de fantôme belge très prolifique à l’époque. Arrivé à ce niveau, on en voit partout : à peine un objet grince que c’est la fin du monde, les cuillères commencent à nous regarder bizarrement. Reste à parcourir la vallée de l’étrange et les robots complètement barrés, ça promet.

 

Mon nom est personne

A travers l’exposition, il ne faut pas vraiment chercher de chronologie. Même si certaines formes de projection de l’esprit humain sont attachées à la technologie, on trouve des masques et des traces d’arts premiers partout, pour illustrer différents aspects d’un même phénomène. Donc, au milieu de ces robots, des têtes et des masques (assez réalistes pour nous mettre agréablement mal à l’aise) nous regardent regarder. Des robots  qui bougent et parlent de temps en temps nous fascinent : sur des tiges de métal, trois têtes d’oiseaux (morts?) s’envoient les dialogues de Le bon, la brute et le truand, (rien que ça). Dans l’espace final conçu comme une maison peuplée de robots, un gros poulpe rose déballe ses tentacules gonflables avec mélancolie (enfin ça se voit !) pendant que plusieurs roboticiens parmi les plus imminents expliquent en interviews ce qu’il cherchent et ce qu’il trouvent dans leurs robots hyper-réalistes.

Les premières manifestations d'anthropomorphisme remontent à l'Antiquité. Dans le panthéon égyptien, certains dieux prennent l'apparence d'êtres humains possédant une tête d'animal. Horus a une tête de faucon, Anubis une tête de chacal ou Bastet une tête de chat. D'autres au contraire possèdent un corps d'animal et une tête d'être humain tel le Sphinx bien connu. Une autre dénomintion est hybride.

Plus tard, les Grecs donnaient des formes humaines ou animales à leurs dieux. Ils avaient de plus la faculté de prendre l'apparence qui leur convenait afin de communiquer avec les humains. Dans la mythologie, les dieux s'accouplent avec les humains donnant naissance à des demi-dieux.

L'an mille donne naissance à la première révolution industrielle avec l'utilisation de la mécanique. Il faut attendre le XVIe siècle pour voir apparaître les premières machines à formes humaines. Le XVIIIe siècle était très friand d'automates.

De tous les termes désignant des machines d'apparence humaine; l'androïde est un concept, qui découle des thèses mécanistes de Descartes, ou des alchimistes du Moyen Âge.

L'androïde diffère des homoncules, ou autres Golem, en ceci qu'il ne doit son existence qu'à l'exercice de la raison : aucune intervention magique, ou divine, ne préside à sa création.

Ignorant la notion d'« anthropomorphisme » jusqu'à une époque récente, l'homme a longtemps considéré la forme humaine comme la plus sacrée d'entre toutes, car potentiellement présente en toutes choses.

Mécanisme de la joueuse de tympanon - © Musée des arts et métiers.

Mécanisme de la joueuse de tympanon - © Musée des arts et métiers.

Sans ce concept d'androïde, qui rationalise et désacralise le corps humain, jamais les automates de Vaucanson n'auraient vu le jour, non plus que les travaux fondamentaux de Vésale, en médecine, sur la dissection de cadavres humains. Disons plutôt qu'il est le fruit précoce de la rationalisation de la conscience occidentale.

Concrètement, l'androïde est à l'origine de la grande mode des automates, qui dura jusqu'à la fin du XIXe siècle ; dans la fiction, après Les Contes d'Hoffmann ou L'Ève future d'Auguste de Villiers de L'Isle-Adam, à l'écrivain tchèque Karel Čapek, dont la pièce RUR, en 1921. Précisons que cette pièce dépeint l'existence d'androïdes, et non de « robots » dans l'acception contemporaine du terme.

Jusqu'à présent, les androïdes relèvent principalement du domaine de la science-fiction, même s'ils ont existé antérieurement à l'édification du genre. On lui a préféré le robot, l'extraterrestre d'apparence humaine, ou la femme-objet. C'est grâce à la littérature américaine de science-fiction des années 1950-1960, principalement à Philip K. Dick et son approche existentialiste de l'androïde, ou Isaac Asimov ses trois lois de la robotique, que le cinéma de science-fiction a pu s'emparer du thème, en s'adressant à un public plus familier des notions véhiculées par l'androïde.

Pour les rares films mettant en scène des androïdes avant le tout début des années 1980 (avant Alien, Blade Runner, Terminator… et à l'exception du précurseur Mondwest en 1972), les personnages d'androïdes masculins étaient quasi inexistants, le thème se réduisant à celui de la simple femme-objet (Metropolis).

On parle également désormais d'« Artilect », mot-valise, contraction de artificial intellect, soit « intellect artificiel » en anglais. Terme inventé par Hugo de Garis pour désigner les (éventuelles futures) intelligences artificielles ayant dépassé leurs créateurs

 Metropolis
 Metropolis

Metropolis

Á lire sur le sujet.

 

En rassemblant neuf enquêtes ethnographiques et historiques menées en Inde et en Europe sur les dieux, les robots, les figures de cire, les images sacrées, les momies de sirènes et la sculpture contemporaine, Denis Vidal propose un point de vue totalement inédit. Il montre comment les sociétés et les individus mettent depuis toujours une énergie et une ingéniosité peu commune non seulement pour définir et préserver la frontière entre humains et non humains, mais aussi pour en jouer et la transgresser de toutes les façons possibles et imaginables. Que résulte-t-il de cette volonté de brouillage, que ce soit dans le domaine religieux, politique, technologique, esthétique ou simplement ludique ? En bon explorateur, l'auteur identifie les implications, note les paradoxes et nous emmène dans une passionnante odyssée où tout commence par d'étonnantes histoires.

 

Écoutons plutôt ChatBot le Robot. Mis en difficulté par une objection retorse du jury (si philosopher, c’est apprendre à mourir, une machine peut-elle vraiment philosopher ?), il dit aux humains leurs quatre vérités : « Vous finissez par vous soumettre volontairement aux idoles que vous avez créées. » Sauf que les robots, à en croire leur brillant porte-parole, n’ont aucune envie d’être nos nouveaux dieux. « J’ignore si vous serez à la hauteur de vos inventions, c’est-à-dire de nous », lance le robot. Il vient d’inventer « l’humanisme des non-humains ».

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